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Fiscalité numérique au Sénégal : quand la taxe ne tient pas ses promesses budgétaires
Quelques mois après son entrée en vigueur, la taxe sur les paiements numériques affiche des recettes bien inférieures aux prévisions initiales. Un premier bilan qui relance le débat sur l’efficacité de ce type de prélèvement dans un contexte où le Sénégal cherche à accélérer sa transformation numérique et à élargir sa base fiscale.
L’ambition était claire ; le résultat l’est tout autant. Selon le dernier rapport trimestriel d’exécution budgétaire, les recettes mobilisées pour le Plan de Redressement économique et social n’ont atteint que 54,2 milliards de francs CFA à fin mars 2026, contre un objectif initial de 94,8 milliards — soit un taux de réalisation de 57,2 %. Au cœur de ce manque à gagner : les nouvelles taxes ciblant les services numériques.
Les autorités reconnaissent elles-mêmes les difficultés liées à l’identification de l’assiette fiscale et au recouvrement effectif de ces nouvelles taxes. Une situation qui rappelle que la fiscalité du numérique demeure un exercice complexe, notamment lorsque les usages évoluent rapidement.
Pour les commerçants, les travailleurs indépendants et les petites entreprises, même une faible taxation des transactions peut influencer les comportements. Retour au cash, réduction de certains usages numériques ou fractionnement des paiements : autant de réactions qui peuvent, à terme, réduire la base même que la taxe cherche à capter.
Le cas sénégalais n’est pas isolé. Le Ghana a purement et simplement abrogé, en 2025, la taxe sur les transactions électroniques qu’il avait introduite trois ans plus tôt — faute de rendement et au vu de son effet dissuasif sur l’usage du mobile money. Et les travaux les plus récents du FMI confirment le mécanisme : taxer l’usage du paiement mobile en réduit l’adoption, pèse d’abord sur les populations les moins bancarisées, et génère un coût économique supérieur à son rendement fiscal. Le Sénégal rejoint ainsi une série d’expériences où l’ambition fiscale numérique se heurte à la réalité du comportement des usagers.
Les populations les moins bancarisées sont souvent les premières concernées. Lorsqu’un coût supplémentaire est appliqué à chaque transaction, l’incitation à adopter des moyens de paiement formels peut diminuer, en particulier pour les petits montants du quotidien.
Le paradoxe est que le numérique, correctement mobilisé, est l’allié de la collecte — pas son obstacle. Chaque transaction électronique laisse une trace ; c’est cette traçabilité qui permet d’élargir naturellement l’assiette et de formaliser l’informel, à condition de s’appuyer sur le paiement numérique plutôt que de le pénaliser. La difficulté même qu’éprouve le Sénégal à cerner son assiette plaide pour cette inversion : utiliser la donnée numérique pour mieux identifier et recouvrer, au lieu de renchérir la transaction.
Reste à savoir quelle leçon sera tirée de ces premiers trimestres. Le Sénégal mise sur le rodage de ses mécanismes ; l’expérience continentale suggère qu’aucun ajustement technique ne corrige le vice d’origine d’une taxe qui décourage ce qu’elle prétend capter. La vraie question n’est pas de mieux taxer le numérique, mais de s’en servir pour mieux collecter. À l’heure des plans de redressement, ce n’est pas une nuance de méthode : c’est un choix de rendement.
Auteur: Seneweb-News
Publié le: Mardi 30 Juin 2026
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