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Entre Serigne Babacar Sy et son demi-frère, El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh, se noua une relation exceptionnelle, faite de profond respect, d’affection et de dévotion. Au-delà des liens du sang, Dabakh voyait en son aîné son marabout et son guide, au point d’adopter à son égard une attitude d’une rare humilité. À travers des scènes de la vie familiale et des témoignages empreints d’humanité, la deuxième partie de ces bonnes feuilles de Dabakh, la pédagogie de la bonté, le nouveau livre du journaliste Sidy Diop, révèle la profondeur de cette relation et l’une des sources de la sagesse qui a marqué la vie du futur khalife général des tidianes.
Serigne Babacar Sy, le modèle absolu
Sa relation avec son demi-frère, El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh, était empreinte d’un amour et d’un respect mutuels qui forçaient l’admiration. Ce dernier déclara un jour : « Sur une balance, l’amour que j’ai envers Serigne Babacar pèserait mille fois plus lourd que celui que lui vouent tous les autres Sénégalais réunis. »
Le sang, à lui seul, ne saurait expliquer leur relation, tant elle semble tissée sur un métier plus ancien, dans l’atelier des destinées. Elle dépassait la simple fraternité pour épouser la forme plus rare et plus précieuse d’une filiation spirituelle, où le respect se teinte de vénération, et l’affection, d’une douceur presque sacrée.
Abdou Aziz portait en son cœur un respect pour son aîné qui frisait le sacré. Un respect non feint, presque filial, qui dictait la plus infime de ses postures. En présence de Serigne Babacar, premier Khalife de leur père, Seydil Hadji Malick Sy, il ne levait jamais les yeux. Son regard, toujours baissé, semblait puiser sa force non dans la vue, mais dans une conviction intérieure, une soumission joyeuse à une autorité qu’il reconnaissait comme venue d’ailleurs. Il le considérait sans ambages comme son marabout, son guide sur le sentier escarpé qui mène à Dieu.
On raconte qu’un jour, le Khalife le fit appeler. Abdou Aziz se rendit aussitôt à la maison et, avec une patience de soufi, s’assit tranquillement dans un coin, attendant l’appel qui le ferait pénétrer dans la chambre sanctuaire. Les heures passèrent. Serigne Babacar, absorbé par ses dévotions, passa à plusieurs reprises devant lui, se rendant à la mosquée pour la prière, sans un mot, comme s’il avait oublié sa propre requête. Un homme moins trempé aurait cédé à l’impatience, se serait fait annoncer. Mais Abdou Aziz demeura immobile, silencieux. « Il n’est pas courtois pour un disciple de frapper à la porte de son marabout », devait-il expliquer plus tard, énonçant un principe de conduite qui était pour lui une évidence.
Cette déférence se lisait dans les détails les plus concrets de son existence. Lorsqu’il venait rendre visite à son frère, il revêtait des habits modestes, fuyant l’éclat des boubous gommés qui auraient pu attirer l’attention. Il ne s’asseyait jamais sur le lit de Serigne Babacar, ni même, par une humilité franche, à l’intérieur de sa chambre sans y être expressément invité (…).
Cette dévotion n’était pas unidirectionnelle. Elle s’inscrivait dans un dialogue affectueux qui englobait toute la famille. Les enfants de Serigne Babacar, Serigne Mansour Sy et Serigne Cheikh, étaient si attachés à leur oncle qu’ils s’agrippaient à ses vêtements dès qu’il se présentait, comme des lianes cherchant un appui solide. Un jour, Serigne Babacar, observant cette scène, leur posa une question taquine, mais lourde de sens : « Qui aimez-vous le plus entre votre père Abdou Aziz et moi ? » La réponse, naïve et sincère, fusa : « Papa, nous t’aimons beaucoup, mais Papa Abdou aussi est très gentil. » Le Khalife sourit. Ce sourire n’était pas celui de l’amusement, mais celui de la compréhension. Il voyait dans l’affection de ses propres enfants pour son frère la preuve d’une bonté qui ne pouvait être que divine (…).
DIOP Sidy, Dabakh, la pédagogie de la bonté, Éditions du Soleil, Dakar, 2026.
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