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Dette sénégalaise : Le plan à 3 axes de l’Economiste Abdoulaye Ndiaye pour sortir de la crise
Comment sortir le Sénégal de la situation dans laquelle il se débat ? Faudrait-il restructurer la lourde dette du pays ? Abdoulaye Ndiaye, récemment élu meilleur jeune économiste africain lors de l’Africa NextGen Economist Prize, a proposé un plan articulé autour de trois grands axes: restructurer, ou reprofiler; investir dans l’indépendance énergétique et gouverner avec transparence.
Dans son texte partagé sur JeuneAfrique, l’économiste a, dès l’entame, dressé le tableau peu enviable de la situation sénégalaise. Celle-ci est marquée par une dette publique à 132% du PIB, un service de la dette qui absorbe près de 70% des recettes de l’Etat en 2026 et une dette extérieure qui devrait dépasser 50 % des recettes jusqu’en 2028, “soit plus du double du niveau jugé soutenable”.
Une situation exacerbée par les prix des eurobonds sénégalais “oscillant autour de 50 centimes”. Ce qui, selon M. Ndiaye, montre que “les marchés ont déjà anticipé une décote”. De plus, l’économiste estime que l’option sénégalaise de refinancer des titres à court terme, à des rendements supérieurs à 8 % sur un marché régional de l’Uemoa saturé, ne fait pas gagner de temps. “Elle transfère le risque souverain vers les banques régionales et transforme un problème sénégalais en problème ouest-africain”, signale-t-il.
Et donc, M. Ndiaye n’est pas de ceux qui estiment que la restructuration serait honteuse. Pour l’économiste, “la position honnête est que le Sénégal devrait solliciter le traitement du Cadre commun pour ses créances commerciales et bilatérales extérieures, tout en préservant la dette libellée en francs CFA détenue par les banques de l’Uemoa afin d’éviter une contagion régionale”.
Il estime qu’un traitement bien conçu pourrait permettre une réduction de 30 à 40% sur les créances commerciales, aider l’Etat du Sénégal à récupérer environ 2 milliards de dollars d’espace budgétaire annuel et débloquer le programme du FMI. “La restructuration n’est pas une reddition. C’est l’alternative négociée à un défaut de paiement non maîtrisé. La fenêtre pour cette alternative se referme”, dit-il.
Le second axe majeur suggéré par Abdoulaye Ndiaye, c’est de miser, ensuite, sur un accès durable à l’énergie. Dans son texte, il signale que notre pays consacre près de 4 % de son PIB à protéger les consommateurs des prix du pétrole et du diesel importés. De plus, le coût de l’électricité industrielle au Sénégal est environ 62 % plus cher qu’en Côte d’Ivoire. Pour M. Ndiaye, cet écart constitue, à lui seul, “une taxe structurelle sur l’industrie manufacturière sénégalaise, suffisante pour rendre une part non négligeable de projets industriels, autrement viables, non finançables”.
Ainsi, il estime que des projets comme la ressource gazière Grand Tortue Ahmeyim (GTA) peuvent changer la donne. Car pour lui, “un développement sérieux du gaz vers la production électrique à partir du GTA, pourrait environ tripler la capacité de production installée en une décennie, remplacer le fioul lourd qui alimente à la fois la facture des importations et celle des subventions, et ramener les tarifs industriels dans une fourchette compétitive par rapport aux pays voisins”. M. Ndiaye estime que c’est bien là que le Sénégal devrait placer son pari régional.
Il suggère, pour le financement et l’exécution, des partenariats avec les champions énergétiques ouest-africains et des institutions africaines de financement du développement comme Afreximbank, Africa Finance Corporation et la Banque africaine de développement. Car pour lui, “une restructuration sans stratégie énergétique industrielle n’est qu’un soulagement de liquidité, sans remède pour prévenir de futures crises de la dette dues à l’équation insoutenable des subventions aux carburants”.
Pour le troisième axe de son plan, l’économiste suggère l’institutionnalisation de la transparence et de la gouvernance budgétaire. Ce, surtout avec l’affaire du misreporting que la Cour des Comptes a documenté, révélant des “déficits cachés atteignant les 5,5 % du PIB par an, entre 2019 et 2023”. De son avis, il s’agit là d’une défaillance de gouvernance de premier ordre.
Pour y remédier, M. Ndiaye propose la mise en place d’un bureau de gestion de la dette “rendant publiquement compte à l’Assemblée nationale”. Il propose aussi la publication en temps réel de tous les engagements souverains, y compris ceux des entreprises publiques et des structures collatéralisées comme les swaps à rendement total. Le jeune économiste suggère aussi la mise sur pied d’un Conseil budgétaire indépendant chargé de certifier les hypothèses budgétaires et la fixation de plafonds statutaires sur les garanties contingentes.
Ainsi, Abdoulaye Ndiaye estime que la transition en cours à Dakar est une opportunité. Ce, parce que “la formation d’un nouveau gouvernement est le rare moment où un pays peut s’engager de manière crédible, devant ses citoyens et ses partenaires, en faveur d’un plan cohérent”, dit-il, tout en précisant : “Restructurer, ou reprofiler. Investir dans l’indépendance énergétique. Gouverner avec transparence. Le plan ne délivre pas la souveraineté. Mais il peut faire de la souveraineté autre chose qu’un slogan”.
Auteur: Youssouf SANE
Publié le: Mercredi 17 Juin 2026
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