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Éducation

Quand les quartiers se mobilisent pour les élèves

Le SoleilLe Soleilseptembre 21, 20266 min de lecture
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En cette période de vacances scolaires, des cours de renforcement sont organisés un peu partout à Dakar, de l’école primaire au lycée. Portés par des enseignants, des associations locales ou parfois des étudiants, ils visent à rattraper des retards accumulés par les apprenants souvent durant l’année scolaire.

Il est 11 heures. À l’école élémentaire Camp de Ouakam, située en face du lycée Jean-Mermoz de Dakar, l’heure de la pause a sonné.

Dans la cour, une poignée d’enfants, venus suivre les cours de vacances, jouent au football sur le terrain de basket de l’école. Le décor porte les stigmates de l’hivernage. Des herbes poussent de partout à côté de flaques d’eau stagnante et moustiques qui accueillent les visiteurs dès l’entrée.

À gauche du portail, le bureau du directeur de l’établissement, Dialy Abdoulaye Diébakhaté, est en pleine effervescence. Vêtu d’un pantalon noir et d’un tee-shirt Lacoste gris, il reçoit, un à un, les parents d’élèves venus pour diverses formalités.

Chef de l’établissement depuis septembre 2014, il suit de près l’organisation de ces cours de vacances. « Depuis quatre ou cinq ans, une association dénommée « And Taxawu Touba Ouakam », dont la majorité des membres résident à proximité de l’école, organise ces cours avec mon autorisation », explique-t-il.

Il renseigne qu’ils concernent toutes les classes de l’élémentaire, à l’exception du CI (Cours d’initiation). « J’ai moi-même encouragé certains parents à y inscrire leurs enfants pour combler des retards de l’année écoulée. Par exemple, les élèves de Cm1, qui iront au Cm2 à la rentrée, ont beaucoup souffert des grèves de l’année scolaire écoulée qui ont duré près de trois mois, de janvier à mars. Une instabilité scolaire quasi inédite », indique-t-il, en consultant les dossiers empilés sur son bureau.

Dans la cour, Ababacar Guèye contemple, avec fierté, les enfants courir dans tous les sens. La carrure imposante, il affiche un sourire contagieux. Selon lui, l’association, officiellement déclarée depuis 2023, mène en réalité ses actions qu’elle inscrit dans le cadre du développement local depuis plusieurs années.

« Nous menons plusieurs activités pour le développement de notre quartier. Pour préparer les cours de vacances, chaque membre de l’association cotise 2 000 FCfa par mois. Ces fonds nous permettent de financer l’opération et de rémunérer modestement, les trois enseignants mobilisés qui, en réalité, ne sont que des bénévoles. Ils exercent tous dans le privé », précise-t-il, non sans regretter, dans la foulée, le faible engagement des parents, qui n’ont pas répondu massivement cette année à l’appel.

Pour M. Guèye, l’organisation des cours de vacances répond plus à une logique de nécessité que de confort, car, dit-il, il s’agit de rattraper un retard scolaire, préparer un examen ou encore occuper de manière saine les enfants malgré des moyens limités.

« Avec des cotisations modestes et des bénévoles qui enseignent contre une gratification symbolique, le système renvoie plus à la débrouille », déplore le président de l’association.

Répondre à un besoin

À peine a-t-il fini de parler que les élèves regagnent leurs salles de classe. Les séances de lecture à haute voix pouvaient se faire entendre depuis les couloirs.

Dans l’une des salles, M. Thioro, l’un des trois enseignants, lit à haute voix ce qu’il a écrit au tableau. Le temps d’un échange, il nous renseigne que beaucoup de ses élèves ne parviennent pas à lire correctement. Ce qui pose encore sur la table, la problématique de la maîtrise des compétences fondamentales chez les apprenants de manière générale.

« Les parents devraient profiter de ces initiatives, d’autant plus que le niveau a considérablement baissé. Nous ne cherchons qu’à participer au développement de notre localité », soutient notre interlocuteur, réitérant sa disponibilité à poursuivre cet engagement sans contrepartie chaque fois que l’association en a besoin.

Pour ces acteurs, l’enjeu est clair : offrir aux enfants une chance de ne pas décrocher de l’école. Les cours de vacances incarnent, selon eux, une lueur d’espoir pour une école en manque de stabilité ces dernières années comme l’a fait savoir M. Diébakhaté.

À quelques encablures de l’école élémentaire de Ouakam Camp, le lycée Thierno Saïdou Nourou Tall vit, lui aussi, au rythme des cours de vacances.

Situé aux abords de la Faculté des sciences et technologies de l’éducation et de la formation (Fastef), ex-École normale supérieure, l’établissement accueille chaque matin des élèves venus d’horizons divers.

Dans la cour du lycée, une poignée d’enseignants devise sur l’actualité politique à côté des herbes, sous le bourdonnement insistant des moustiques. L’un d’eux, d’un geste du menton, désigne le bureau de Mamadou Niang, président de la commission pédagogique du lycée.

Bien installé sur son fauteuil, les bras croisés sur une table où sont dispersées des boîtes de craies et du matériel géométrique, M. Niang, par ailleurs professeur d’histoire et de géographie dans le même établissement, supervise en silence les cours.

Derrière lui, deux élèves, punis pour cause de bavardage, exécutent des « debout-assis », mains sur les oreilles, dans un coin du bureau.

Interrogé sur le déroulement des activités, l’enseignant précise que les cours de vacances ont débuté le 17 août dernier et prendront fin le 18 septembre.

Engagement et dévouement

Il informe que depuis 2020, à cause de la pandémie de Covid-19, l’amicale du personnel du lycée organise chaque année ces cours de vacances considérés comme étant une session de rattrapage et de préparation pour la rentrée.

Les inscriptions s’élèvent à 15.000 FCfa, dit-il, déplorant une légère baisse des effectifs par rapport à la précédente session.

« Les enseignants qui interviennent sont, pour la plupart, ceux du lycée. Mais nous faisons également appel à des collègues d’établissements voisins pour combler le manque dans certaines matières. Les cours couvrent toutes les classes, de la 6e à la Terminale, toutes séries confondues. Nous constatons une affluence plus marquée pour les 3e et Terminale », a indiqué Mamadou Niang.

L’objectif, dit-il, est de permettre aux élèves de se remettre au travail et d’aborder plus sereinement le programme de la prochaine année.

Non loin du Lycée Thierno Saïdou Nourou Tall, en passant sur l’avenue Cheikh Anta Diop, se trouve le lycée Maurice Delafosse. Situé au quartier Gueule Tapée, l’établissement affiche une ambiance tout autre.

Ici, seuls les élèves de Terminale fréquentent les lieux en cette période de vacances. Dans la cour, à l’ombre d’un arbre, un petit groupe d’élèves discute.

Parmi eux, Aminata Kane, future candidate au baccalauréat. Elle suit particulièrement les cours de comptabilité, d’économie et de mathématiques.

« Je suis élève dans ce lycée. J’ai commencé les cours de vacances depuis le 31 août et je compte les terminer le 2 octobre prochain. Et ce sont des étudiants qui nous dispensent les cours », confie-t-elle.

L’enjeu de ces cours de vacances est clair : éviter le décrochage.

Par Aziz Méthiour NDIAYE (Stagiaire)

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