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Mamadou Amadou Ly : « Les langues nationales sont la clé d’une éducation inclusive et d’un développement durable en Afrique »
L’éducation est souvent présentée comme le moteur du développement. Mais quelle éducation faut-il promouvoir pour répondre aux défis africains ? Pour Mamadou Amadou Ly, directeur général de l’ONG ARED (Associates in Research and Education for Development), la réponse est claire : une éducation accessible, enracinée dans les réalités culturelles et linguistiques des populations et ouverte à tous les savoirs. Invité de l’émission « Jury du dimanche » sur iRadio, celui qui a consacré sa vie à l’alphabétisation et à la promotion des langues nationales est revenu sur son parcours, ses combats et sa vision d’une école capable de former des citoyens autonomes, responsables et engagés dans le développement de leurs communautés.
De Podor à l’éducation : un parcours façonné par les valeurs
Natif de Podor, au cœur du Fouta, Mamadou Amadou Ly a grandi dans un environnement où l’éducation occupait une place centrale. Élevé par ses grands-parents, il bénéficie très tôt d’une double formation : l’éducation familiale et religieuse d’une part, l’école moderne d’autre part.
« L’éducation ne se limite pas à l’école. Elle commence dans la famille, se poursuit dans la communauté et accompagne l’individu tout au long de sa vie », explique-t-il. Après ses études primaires à Podor, il rejoint Saint-Louis pour poursuivre son cursus secondaire avant d’intégrer l’École nationale supérieure technique où il se spécialise en génie mécanique.
Mais au-delà des diplômes, ce sont les valeurs acquises au fil de son parcours qui le marquent profondément : la discipline, la rigueur, le sens du collectif, le respect des autres et l’engagement au service de sa communauté.
La découverte du pouvoir transformateur de l’éducation
Alors qu’il était destiné à une carrière technique, son engagement associatif lui fait découvrir une autre réalité : celle de milliers d’hommes et de femmes exclus des opportunités économiques et sociales parce qu’ils ne savent ni lire ni écrire.
Dans les quartiers populaires comme dans les zones rurales, il rencontre des artisans, des commerçants, des éleveurs ou des travailleurs du secteur informel incapables d’accéder à certaines informations essentielles ou de gérer efficacement leurs activités. Cette situation agit comme un révélateur.
« Nous avons découvert que l’éducation pouvait transformer directement la vie des personnes, surtout lorsqu’elle passe par une langue qu’elles comprennent », raconte-t-il. Cette conviction le conduit à abandonner progressivement le domaine technique pour se consacrer entièrement à l’éducation et à l’alphabétisation.
Les langues nationales : bien plus qu’un outil de communication
Pour Mamadou Amadou Ly, les langues nationales constituent un formidable levier d’émancipation. Pendant longtemps, de nombreuses familles sénégalaises dépendaient d’une personne extérieure pour lire une lettre reçue d’un parent vivant à l’étranger. Une situation qui exposait leur vie privée et les privait d’une partie de leur autonomie.
« Quand une personne apprend à lire dans sa propre langue, elle retrouve sa dignité », affirme-t-il. L’apprentissage dans les langues nationales permet aux populations de s’approprier le savoir beaucoup plus rapidement. En quelques mois, un adulte qui n’a jamais fréquenté l’école peut apprendre à lire, à écrire, à tenir des comptes ou à gérer une activité économique.
Mais l’impact va bien au-delà. L’alphabétisation permet également aux citoyens de comprendre les documents administratifs, de connaître leurs droits, de participer aux décisions collectives et de mieux défendre leurs intérêts.
Former des citoyens et renforcer la démocratie locale
Pour le directeur général de l’ARED, les langues nationales jouent également un rôle essentiel dans la construction de la citoyenneté. Dans un contexte de décentralisation, où les collectivités territoriales sont appelées à gérer davantage de responsabilités, il est indispensable que les populations comprennent les textes qui régissent leur environnement.
« Comment participer pleinement à la vie de sa communauté si l’on ne comprend pas les informations qui nous concernent ? » L’éducation dans les langues nationales permet aux citoyens de mieux s’informer, de dialoguer et de prendre part aux décisions qui affectent leur quotidien. Cette approche a également démontré son efficacité dans la prévention des conflits.
Dans plusieurs pays du Sahel, l’ARED a accompagné des communautés d’éleveurs et d’agriculteurs confrontées à des tensions récurrentes autour des ressources naturelles. Grâce à l’alphabétisation et à la formation, ces groupes ont pu développer des mécanismes de dialogue et de médiation favorisant une coexistence plus pacifique. Selon lui, l’éducation contribue ainsi à construire la paix tout autant qu’à développer les compétences.
Réconcilier l’école avec son environnement
L’un des principaux combats de Mamadou Amadou Ly consiste à rapprocher l’éducation formelle et l’éducation non formelle. À ses yeux, l’école reste encore trop fermée sur elle-même alors que les communautés disposent d’une richesse considérable de savoirs et d’expériences. Il plaide pour une école plus ouverte, capable d’intégrer les acteurs communautaires, les anciens, les artisans, les leaders locaux et les associations culturelles dans le processus éducatif.
L’éducation ne se résume pas à la transmission de connaissances académiques. Elle transmet aussi des valeurs, une culture, une identité et un sens de la responsabilité collective. » Pour lui, les langues nationales constituent justement le pont naturel entre l’école et son environnement social.
Le bilinguisme, une solution d’avenir
Contrairement à certaines idées reçues, Mamadou Amadou Ly ne prône pas le remplacement du français par les langues nationales. Il défend plutôt un modèle de bilinguisme harmonisé dans lequel l’enfant apprend d’abord dans une langue qu’il maîtrise avant d’acquérir progressivement le français.
Cette approche, expérimentée pendant plusieurs années par l’ARED en partenariat avec les autorités éducatives, a produit des résultats remarquables. Les élèves comprennent mieux les enseignements, développent plus rapidement les compétences fondamentales en lecture, écriture et calcul, participent davantage en classe et gagnent en confiance.
« Les enfants qui apprennent dans leur langue progressent plus vite et développent moins de complexes », souligne-t-il. Ces résultats ont contribué à faire du Sénégal l’un des pays africains les plus avancés dans la mise en œuvre d’un enseignement bilingue.
Quand l’Afrique inspire le monde
Après plus de trois décennies d’engagement, les travaux de l’ARED ont dépassé les frontières sénégalaises. Le modèle éducatif développé autour des langues nationales a été salué par plusieurs institutions internationales avant d’être consacré en 2025 par le prestigieux Prix Yidan, souvent considéré comme le « Nobel de l’éducation ».
La même année, Mamadou Amadou Ly figure parmi les personnalités les plus influentes du monde dans le domaine de l’éducation. Pour lui, ces distinctions récompensent avant tout une vision collective. « Ce n’est pas seulement le travail d’ARED. C’est la reconnaissance d’une expérience africaine qui montre que nos solutions peuvent inspirer le reste du monde. »
Une reconnaissance qui s’est matérialisée par l’organisation à Dakar d’une importante conférence internationale réunissant experts, chercheurs, décideurs politiques, fondations et acteurs de l’éducation venus des quatre coins du monde.
Investir dans les langues pour préparer l’avenir
Au moment où l’Afrique cherche à transformer ses systèmes éducatifs pour répondre aux défis démographiques, économiques et technologiques, Mmadou Amadou Ly demeure convaincu que les langues nationales doivent occuper une place centrale dans les politiques publiques. Selon lui, elles ne constituent ni un obstacle à l’ouverture internationale ni un repli identitaire. Elles représentent au contraire le moyen le plus efficace de démocratiser l’accès au savoir, de renforcer la citoyenneté, de valoriser les cultures africaines et de construire des systèmes éducatifs véritablement inclusifs. « Investir dans l’éducation, c’est investir dans le développement.
Mais investir dans une éducation qui parle aux populations, c’est investir durablement dans l’avenir de l’Afrique. » Pour ce défenseur des langues nationales, la transformation du continent passera d’abord par une évidence longtemps négligée : on apprend mieux lorsque l’on comprend la langue dans laquelle on nous enseigne.
Yande Diop
Mamadou Amadou Ly : « Les langues nationales sont la clé d’une éducation inclusive et d’un développement durable en Afrique »
L’éducation est souvent présentée comme le moteur du développement. Mais quelle éducation faut-il promouvoir pour répondre aux défis africains ? Pour Mamadou Amadou Ly, directeur général de l’ONG ARED (Associates in Research and Education for Development), la réponse est claire : une éducation accessible, enracinée dans les réalités culturelles et linguistiques des populations et ouverte à tous les savoirs. Invité de l’émission « Jury du dimanche » sur iRadio, celui qui a consacré sa vie à l’alphabétisation et à la promotion des langues nationales est revenu sur son parcours, ses combats et sa vision d’une école capable de former des citoyens autonomes, responsables et engagés dans le développement de leurs communautés.
De Podor à l’éducation : un parcours façonné par les valeurs
Natif de Podor, au cœur du Fouta, Mamadou Amadou Ly a grandi dans un environnement où l’éducation occupait une place centrale. Élevé par ses grands-parents, il bénéficie très tôt d’une double formation : l’éducation familiale et religieuse d’une part, l’école moderne d’autre part.
« L’éducation ne se limite pas à l’école. Elle commence dans la famille, se poursuit dans la communauté et accompagne l’individu tout au long de sa vie », explique-t-il. Après ses études primaires à Podor, il rejoint Saint-Louis pour poursuivre son cursus secondaire avant d’intégrer l’École nationale supérieure technique où il se spécialise en génie mécanique.
Mais au-delà des diplômes, ce sont les valeurs acquises au fil de son parcours qui le marquent profondément : la discipline, la rigueur, le sens du collectif, le respect des autres et l’engagement au service de sa communauté.
La découverte du pouvoir transformateur de l’éducation
Alors qu’il était destiné à une carrière technique, son engagement associatif lui fait découvrir une autre réalité : celle de milliers d’hommes et de femmes exclus des opportunités économiques et sociales parce qu’ils ne savent ni lire ni écrire.
Dans les quartiers populaires comme dans les zones rurales, il rencontre des artisans, des commerçants, des éleveurs ou des travailleurs du secteur informel incapables d’accéder à certaines informations essentielles ou de gérer efficacement leurs activités. Cette situation agit comme un révélateur.
« Nous avons découvert que l’éducation pouvait transformer directement la vie des personnes, surtout lorsqu’elle passe par une langue qu’elles comprennent », raconte-t-il. Cette conviction le conduit à abandonner progressivement le domaine technique pour se consacrer entièrement à l’éducation et à l’alphabétisation.
Les langues nationales : bien plus qu’un outil de communication
Pour Mamadou Amadou Ly, les langues nationales constituent un formidable levier d’émancipation. Pendant longtemps, de nombreuses familles sénégalaises dépendaient d’une personne extérieure pour lire une lettre reçue d’un parent vivant à l’étranger. Une situation qui exposait leur vie privée et les privait d’une partie de leur autonomie.
« Quand une personne apprend à lire dans sa propre langue, elle retrouve sa dignité », affirme-t-il. L’apprentissage dans les langues nationales permet aux populations de s’approprier le savoir beaucoup plus rapidement. En quelques mois, un adulte qui n’a jamais fréquenté l’école peut apprendre à lire, à écrire, à tenir des comptes ou à gérer une activité économique.
Mais l’impact va bien au-delà. L’alphabétisation permet également aux citoyens de comprendre les documents administratifs, de connaître leurs droits, de participer aux décisions collectives et de mieux défendre leurs intérêts.
Former des citoyens et renforcer la démocratie locale
Pour le directeur général de l’ARED, les langues nationales jouent également un rôle essentiel dans la construction de la citoyenneté. Dans un contexte de décentralisation, où les collectivités territoriales sont appelées à gérer davantage de responsabilités, il est indispensable que les populations comprennent les textes qui régissent leur environnement.
« Comment participer pleinement à la vie de sa communauté si l’on ne comprend pas les informations qui nous concernent ? » L’éducation dans les langues nationales permet aux citoyens de mieux s’informer, de dialoguer et de prendre part aux décisions qui affectent leur quotidien. Cette approche a également démontré son efficacité dans la prévention des conflits.
Dans plusieurs pays du Sahel, l’ARED a accompagné des communautés d’éleveurs et d’agriculteurs confrontées à des tensions récurrentes autour des ressources naturelles. Grâce à l’alphabétisation et à la formation, ces groupes ont pu développer des mécanismes de dialogue et de médiation favorisant une coexistence plus pacifique. Selon lui, l’éducation contribue ainsi à construire la paix tout autant qu’à développer les compétences.
Réconcilier l’école avec son environnement
L’un des principaux combats de Mamadou Amadou Ly consiste à rapprocher l’éducation formelle et l’éducation non formelle. À ses yeux, l’école reste encore trop fermée sur elle-même alors que les communautés disposent d’une richesse considérable de savoirs et d’expériences. Il plaide pour une école plus ouverte, capable d’intégrer les acteurs communautaires, les anciens, les artisans, les leaders locaux et les associations culturelles dans le processus éducatif.
L’éducation ne se résume pas à la transmission de connaissances académiques. Elle transmet aussi des valeurs, une culture, une identité et un sens de la responsabilité collective. » Pour lui, les langues nationales constituent justement le pont naturel entre l’école et son environnement social.
Le bilinguisme, une solution d’avenir
Contrairement à certaines idées reçues, Mamadou Amadou Ly ne prône pas le remplacement du français par les langues nationales. Il défend plutôt un modèle de bilinguisme harmonisé dans lequel l’enfant apprend d’abord dans une langue qu’il maîtrise avant d’acquérir progressivement le français.
Cette approche, expérimentée pendant plusieurs années par l’ARED en partenariat avec les autorités éducatives, a produit des résultats remarquables. Les élèves comprennent mieux les enseignements, développent plus rapidement les compétences fondamentales en lecture, écriture et calcul, participent davantage en classe et gagnent en confiance.
« Les enfants qui apprennent dans leur langue progressent plus vite et développent moins de complexes », souligne-t-il. Ces résultats ont contribué à faire du Sénégal l’un des pays africains les plus avancés dans la mise en œuvre d’un enseignement bilingue.
Quand l’Afrique inspire le monde
Après plus de trois décennies d’engagement, les travaux de l’ARED ont dépassé les frontières sénégalaises. Le modèle éducatif développé autour des langues nationales a été salué par plusieurs institutions internationales avant d’être consacré en 2025 par le prestigieux Prix Yidan, souvent considéré comme le « Nobel de l’éducation ».
La même année, Mamadou Amadou Ly figure parmi les personnalités les plus influentes du monde dans le domaine de l’éducation. Pour lui, ces distinctions récompensent avant tout une vision collective. « Ce n’est pas seulement le travail d’ARED. C’est la reconnaissance d’une expérience africaine qui montre que nos solutions peuvent inspirer le reste du monde. »
Une reconnaissance qui s’est matérialisée par l’organisation à Dakar d’une importante conférence internationale réunissant experts, chercheurs, décideurs politiques, fondations et acteurs de l’éducation venus des quatre coins du monde.
Investir dans les langues pour préparer l’avenir
Au moment où l’Afrique cherche à transformer ses systèmes éducatifs pour répondre aux défis démographiques, économiques et technologiques, Mmadou Amadou Ly demeure convaincu que les langues nationales doivent occuper une place centrale dans les politiques publiques. Selon lui, elles ne constituent ni un obstacle à l’ouverture internationale ni un repli identitaire. Elles représentent au contraire le moyen le plus efficace de démocratiser l’accès au savoir, de renforcer la citoyenneté, de valoriser les cultures africaines et de construire des systèmes éducatifs véritablement inclusifs. « Investir dans l’éducation, c’est investir dans le développement.
Mais investir dans une éducation qui parle aux populations, c’est investir durablement dans l’avenir de l’Afrique. » Pour ce défenseur des langues nationales, la transformation du continent passera d’abord par une évidence longtemps négligée : on apprend mieux lorsque l’on comprend la langue dans laquelle on nous enseigne.
Auteur: Yande Diop
Publié le: Dimanche 21 Juin 2026
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