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Une ambiance morose règne ce matin de juin aux alentours des allées du marché Kermel, jouxté par les cantines artisanales. Autrefois point de passage attractif de la capitale, le site semble aujourd’hui figé dans le temps.
Installé à l’ombre de son échoppe, un artisan d’un âge avancé tresse avec une dextérité un panier en paille. Au-dessus de sa tête, une multitude de statuettes anthropomorphes et de figurines en bois sont suspendues, oscillant au gré du vent.
La vacuité apparente de ce lieu tranche avec la détresse économique qui ronge les commerçants.
Assis en face de son atelier, dont l’entrée est encombrée par une panoplie d’objets d’art et de masques traditionnels, Elhadji Ndiaye contemple le couloir vide. L’homme, qui a connu les années de gloire du marché, ne cache plus son amertume face à la désertion des acheteurs.
À l’instar des vendeurs de légumes et autres, cet artisan chevronné confirme que l’activité artisanale subit un ralentissement depuis quelque temps. Selon ses analyses, ce marasme découle directement d’une politique sectorielle insuffisante et d’un manque de soutien de la part des autorités gouvernementales.
« Je pense que la destination touristique sénégalaise a perdu de sa superbe et n’est plus aussi attractive que par le passé. Les clients se font rares de jour en jour, et les allées restent désespérément vides », déplore-t-il avec gravité.
Pourtant, la barrière ne semble pas être financière, car l’artisan insiste sur l’accessibilité de ses œuvres.
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« Les produits exposés ne sont pas chers du tout. On peut s’offrir un souvenir authentique, un petit objet travaillé, avec seulement 1000 FCfa en poche. Le problème est ailleurs. Les touristes ne viennent tout simplement plus jusqu’à nous », soutient le vendeur.
Quelques mètres plus loin, pour tuer le temps et tromper l’ennui d’une longue journée sans la moindre vente, Mamadou Lamine Diallo est occupé à regarder des vidéos sur l’écran de son smartphone.
Lui aussi vendeur d’objets d’art de longue date, partage le même constat amer et pointe du doigt des choix structurels plus anciens. Selon lui, la délocalisation de l’aéroport international vers la zone de Diass a joué un rôle majeur dans cette situation. En éloignant le flux des voyageurs en transit ou fraîchement débarqués du centre-ville historique de Dakar, cette décision a coupé le marché Kermel de sa clientèle naturelle et spontanée.
Pour survivre et ne pas mettre la clé sous la porte, les artisans sont maintenant contraints de développer des stratégies de repli et de déplacement.
Mamadou Lamine Diallo explique ainsi que, dès que l’arrivée de paquebots ou de navires de croisière est signalée au large, une véritable course contre la montre s’engage.
« Les vendeurs désertent temporairement le marché Kermel pour se ruer vers le Port autonome de Dakar, dans l’espoir d’aller à la rencontre directe des touristes dès leur descente de passerelle », renseigne-t-il.
Pathe NIANG
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