Listen to the article
Mère de famille, Aissatou Sall a participé à la marche du « panier vide ». Pour elle, cette mobilisation était devenue nécessaire. « Il fallait que l’on dise stop », affirme-t-elle. Depuis le mois de Ramadan, elle dit ne plus parvenir à remplir son réfrigérateur comme auparavant. « Chaque mois, après ma paie, je partais faire les courses et remplir mon frigo. Aujourd’hui, c’est devenu impossible car tout est cher », témoigne-t-elle. La viande, le poisson et les légumes figurent parmi les produits auxquels elle a de plus en plus de mal à accéder.
À Dieuppeul, la situation décrite par Demba Diop, livreur, est similaire. « La vie est chère, que ce soit la location, les denrées alimentaires, l’électricité, l’eau. Tout est cher », déplore-t-il. Ses revenus, explique-t-il, sont désormais entièrement absorbés par les dépenses quotidiennes. « Je n’économise plus car tout ce que je gagne, je le dépense en nourriture et autres charges. » Il dit même ne plus se souvenir de la dernière fois où il a pu manger de la viande ou du poisson.
La pression financière touche également ceux qui ont la responsabilité de faire vivre toute une famille. « C’est moi qui finance ma famille avec ce que je gagne, mais avec cette crise à Dakar, c’est devenu rare, voire impossible, car moi-même, je peine à tenir debout », confie un chef de famille rencontré au cours de notre immersion.
Les commerçants également sous pression
Au marché de Grand-Yoff, la hausse des prix ne concerne pas uniquement les consommateurs. Les commerçants font eux aussi face à l’augmentation de leurs coûts d’approvisionnement.
Amad Ba, vendeur de friperie, donne l’exemple de certains articles dont les prix ont fortement augmenté. « Ce qui coûtait 1 000 francs CFA, coûte aujourd’hui 3 000 F. Une balle de friperie qui coûtait 30 000 francs CFA est maintenant à 60 000 francs CFA », explique-t-il. Dans ces conditions, il affirme que le commerce devient de plus en plus difficile.
Pour les étudiants, la hausse du coût de la vie impose des sacrifices. Marie Ndiaye explique avoir réduit ses repas pour pouvoir faire face aux autres charges. « Tout est tellement cher que je suis obligée de réduire les trois repas de la journée. Je peux dire que je mange occasionnellement », raconte-t-elle. En dehors de l’alimentation, elle dit devoir contrôler ses dépenses pour faire face aux autres obligations du quotidien.
À 68 ans, Diaga Diop revient du marché avec un constat amer. « La flambée des prix est extraordinaire. Il n’y a rien d’accessible », estime ce père de famille. Au-delà de la situation actuelle, il porte un regard critique sur les difficultés économiques du pays. Selon lui, le Sénégal doit davantage compter sur ses propres ressources et créer des opportunités pour sa jeunesse.
« Le pays doit apprendre à voler de ses propres ailes et se créer ses propres opportunités. Nous avons une jeunesse qui veut travailler, donc l’idée serait de commencer à créer des emplois », plaide-t-il.
Deux jours après la marche du « panier vide », les témoignages recueillis ce lundi montrent ainsi que la question du coût de la vie dépasse largement le seul prix des denrées alimentaires. Dans les ménages comme dans les marchés, la hausse des dépenses pèse sur le pouvoir d’achat et oblige certains Dakarois à revoir leurs habitudes, voire à renoncer à une partie de leurs besoins essentiels.
Lire l’article complet ici
