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Comment une affaire jugée trois ans après les faits en vient-elle à opposer, devant la Chambre criminelle de Pikine-Guédiawaye, le récit d’un « coup de foudre » à celui d’un piège et d’une séquestration ? C’est autour de cette question que s’est tenue, mardi, l’audience de M. Camara, accusé de viol, de séquestration et de détournement de mineure sur A. Diaw.
Que reproche-t-on précisément à l’accusé ? Âgé aujourd’hui de 22 ans, élève en formation d’électromécanique, M. Camara comparaissait pour des faits remontant à avril 2023, en plein Ramadan. Il lui est reproché d’avoir retenu pendant 24 heures A. Diaw, alors âgée de 16 ans, dans un appartement du quartier MTOA, avant qu’elle ne réapparaisse après 48 heures de disparition. À l’audience, il a contesté les accusations de viol et de séquestration, tout en maintenant qu’il s’agissait, selon lui, d’une relation consentie.
Que dit la version de la victime ? A. Diaw a raconté qu’elle avait quitté le domicile familial à Keur Massar pour aller, croyait-elle, aux prières de « Nafila » avec sa cousine, avant d’être dirigée vers l’appartement de M. Camara. Elle affirme qu’une fois entrée, portes et fenêtres ont été verrouillées. « Il m’a forcée, il m’a déshabillée », a-t-elle déclaré à la barre dans un récit repris par Kawtef. Elle dit avoir crié en vain durant ces 24 heures, sans pouvoir alerter sa famille ni utiliser son téléphone, présenté comme éteint.
Que répond M. Camara ? Devant les juges, il a nié avoir usé de la force et a parlé d’une histoire d’amour, allant jusqu’à produire des captures d’écran de messages WhatsApp. « Elle m’a déclaré sa flamme, c’est elle qui a demandé à venir », a-t-il soutenu. Il a aussi affirmé que la jeune fille serait restée dans sa chambre par attachement et qu’elle ne voulait plus partir. Le président de la Chambre criminelle l’a toutefois rappelé à la gravité des faits en lui lançant : « Vous risquez entre 10 et 20 ans de prison, ressaisissez-vous ! »
Quels éléments ont pesé dans les débats ? La mère de la victime a évoqué à la barre deux nuits de recherches à Keur Massar avant la réapparition de sa fille, vêtue d’une djellaba déchirée. Elle a prononcé cette phrase : « Qu’il rende à ma fille sa virginité. » Au dossier figure aussi un certificat médical attestant de la défloration de la mineure et de lésions compatibles avec une relation sexuelle non consentie, un point contesté par la défense, qui a insisté sur l’absence de traces de coups ou d’ecchymoses. Les avocats ont plaidé l’acquittement pour le viol et la séquestration, tout en reconnaissant le détournement de mineure.
Qu’a demandé le parquet et quelle est la suite ? Le procureur a requis 20 ans de réclusion criminelle. « Le consentement d’une mineure n’existe pas. Le fait de l’enfermer pendant 24 heures caractérise la séquestration », a-t-il martelé en demandant à la cour de retenir les trois chefs d’accusation. M. Camara est retourné en cellule dans l’attente du délibéré fixé au 2 juin prochain, la Chambre criminelle de Pikine-Guédiawaye devant se prononcer après examen des pièces, des témoignages et des réquisitions.
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