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À quelques heures d’un match décisif contre la Norvège, le Sénégal joue sa survie dans cette Coupe du monde. Notre invité, le Dr Mohamed Ghandour, consultant football, n’a pas mâché ses mots. Analyse lucide de la défaite contre la France, choix tactiques assumés, gestion des affaires extra-sportives : il a répondu sans détour à toutes les questions.
Selon certaines sources, la tanière a été secouée récemment par des problèmes de restauration, en plus du contrat de Pape Thiaw qui continue toujours de faire polémique. Pensez-vous que ce manque d’organisation peut jouer sur le mental des joueurs ?
Non, on a affaire d’abord à de grands professionnels, qui ont l’habitude des grands événements et de la pression, non seulement médiatique, mais aussi hors terrain. Ce sont des faits qui se sont avérés, mais qui peuvent être réglés rapidement. Je pense que tous les communiqués qui ont été faits juste après ces annonces ont montré qu’il y a eu une prise en compte rapide de la gestion de ces événements-là. Non, je ne pense pas que cela puisse altérer le mental ou l’envie des joueurs. Aujourd’hui, ils sont en Coupe du monde, ils représentent leur pays. On est dans une période faste du football sénégalais et ils ont tous conscience que c’est le moment d’écrire les plus belles pages du football sénégalais en Coupe du monde. Après l’épopée de 2002, je pense que cette équipe arrive avec beaucoup de maturité, qu’elle soit sportive, collective ou administrative.
Le Sénégal s’est incliné d’entrée face à la France sur le score de 3 buts à 1. Pour vous, qu’est-ce qui n’a pas marché ?
Pour le match contre la France, je pense que le score était sévère. Pendant une bonne partie de la rencontre, on a rivalisé physiquement et athlétiquement avec la France. Cependant, au haut niveau, ce sont les détails tactiques, techniques et mentaux qui font la différence. La France a gagné grâce à sa maîtrise des temps faibles et à sa capacité à punir immédiatement les erreurs de l’adversaire. On a plus perdu par nos propres insuffisances que par une domination écrasante française.
Maintenant, ce qui nous a coûté le match, c’est d’abord les espaces entre les lignes. La plus grande faiblesse observée se situait entre le milieu défensif et l’axe central. Des espaces sont apparus régulièrement, et la France adore jouer dans cette zone, là où elle dispose de joueurs qui s’en donnent à cœur joie comme Dembélé et Mbappé. Les milieux français ont souvent reçu le ballon sans pression. Résultat, ils ont créé des décalages, déséquilibré le bloc et généré des occasions dangereuses.
Ensuite, sur les transitions défensives, notre replacement était trop lent. On perdait rapidement le ballon alors que les joueurs étaient encore projetés vers l’avant. Face à la France, cela se paye immédiatement : ils ont marqué en exploitant précisément ces moments de désorganisation. La gestion émotionnelle a également pesé. Après les occasions ratées et certaines décisions arbitrales, j’ai senti l’équipe sénégalaise moins lucide. Et surtout, il y a eu l’efficacité dans les surfaces. La différence majeure s’est faite là : dans la surface française, on a eu des occasions non exploitées, et dans la surface sénégalaise, chaque erreur a coûté cher. Au plus haut niveau, l’efficacité est la frontière entre la victoire et la défaite.
Le Sénégal a eu plusieurs occasions non concrétisées par nos attaquants. Est-ce que le Sénégal a réellement un problème de serial buteur ?
Oui, c’est vrai qu’on a eu plusieurs occasions de marquer, de scorer. C’est ce qui a fait qu’aujourd’hui, nous n’avons pas gagné le match contre la France. Mais je pense qu’au-delà et en dehors de cela, le facteur chance a aussi été contre nous. La frappe de Nicolas Jackson a rebondi sur le talent de Mike Maignan, puis elle est ressortie. Cette occasion aurait pu faire but. Donc, je ne dirais pas que nous avons un problème de buteur, mais je pense que nous devions plutôt voir comment on peut reconfigurer l’attaque pour tirer le maximum des attaquants que nous avons pris avec nous pendant cette Coupe du monde.
Certains Sénégalais pensent que Pape Thiaw doit faire jouer un 4-4-2 sans son numéro 9, Jackson, mais avec un Ismaïla Sarr en électron libre comme à Crystal Palace. Êtes-vous du même avis ?
Vouloir jouer en 4-4-2 avec deux pointes, Ismaïla Sarr dans le même style qu’à Crystal Palace avec Mateta ? Oui, c’est une option. Mais si Sarr joue à Crystal Palace et fait tout cela, c’est parce qu’il a Mateta devant lui, et on n’a pas le profil de Mateta dans cette équipe du Sénégal. À ce moment-là, ce serait peut-être jouer en 4-4-2 en mettant Bamba Dieng et Ismaïla Sarr ensemble, ce qui est presque aberrant. Je ne pense pas que ce soit la bonne voie. Pour l’instant, avec le schéma qui est en place et avec la percussion intérieure qu’Ismaïla Sarr apporte, il arrive aussi à ouvrir des brèches de l’autre côté pour les autres joueurs. Moi, je pense qu’on doit continuer à jouer comme on en a l’habitude, ou alors c’est carrément tous les hommes qu’il faudrait changer. Et on ne fait pas des essais comme ça.
Le Sénégal va jouer contre la Norvège, défaite interdite. Alors, quel est votre classement d’or ?
Écoutez, pour la composition, j’irais avec la même équipe que contre la France. Pourquoi la même équipe ? Parce que le match contre la Norvège est un match très important, un match qu’on doit impérativement gagner pour se mettre à l’abri et mieux voir les choses. Aujourd’hui, on a besoin de joueurs d’expérience, on a besoin de mettre en place des schémas d’animation auxquels le groupe est habitué, pour gérer le match avec Edouard Mendy, Kalidou Koulibaly, Niakhaté, El Hadji Malick Diouf, Krépin Diatta, et au milieu Pape Gueye et Gana, à la limite Habib Diarra à la place de Lamine Camara, et le même trio d’attaque devant (Mané – Jackson – Sarr). La Norvège voudra contrôler le match, et à ce moment-là, on devra faire entrer nos atouts : les jeunes, comme Ibrahima Mbaye, Ilimane Ndiaye ou Assane Diao, qui vont mettre du punch, de la vitesse, de la percussion, et qui vont être une épée de Damoclès sur la tête des Norvégiens pendant 90 minutes. Donc moi, personnellement, j’irais avec le même groupe.
La pépite sénégalaise, Ibrahima Mbaye, devrait-elle être titulaire aujourd’hui ?
Ibrahima Mbaye, oui, on peut le mettre titulaire. Mais pour moi, cela va être le dilemme du Roi contre le Joker. C’est vrai qu’il a secoué la planète, meilleur jeune buteur africain en Coupe du monde. Les arguments pour le titulariser sont solides. Mais je préfère le maintenir remplaçant. Pourquoi ? Parce qu’il va être mon arme secrète en cours de match. Tactiquement, il permettra de déséquilibrer une défense déjà fatiguée. La Norvège impose un défi physique avec Haaland et Ødegaard ; les matchs de Coupe du monde sont des guerres d’usure. Faire débuter un joueur plus expérimenté et plus dense physiquement permettra de fatiguer le bloc scandinave, et ensuite on lancera un lion affamé au milieu d’une défense aux jambes lourdes.
Avec sa faculté unique de se mettre immédiatement dans le rythme du match, il sera dangereux.
Techniquement, le faire débuter dans un match à élimination directe exige une débauche d’énergie physique et mentale, avec des règles défensives strictes. Alors que quand il entre en cours de jeu, il est déjà déchargé d’une partie des contraintes tactiques et, en un contre un, en créativité, il va faire feu et flammes. Ibrahima Mbaye doit rester le facteur X qui vient du banc. Pour moi, c’est un dynamiteur de fin de match, pas un marathonien. Il va apporter de la folie au moment où l’adversaire cherchera à contrôler le match.
Face à la Norvège, un nom revient souvent sur toutes les lèvres, Erling Haaland. Doit-on avoir peur de lui ?
Haaland, c’est sûr que c’est un joueur à surveiller. C’est le fer de lance de cette équipe. Mais il n’y a pas que Haaland dans cette équipe. Il faudra bloquer la transmission entre Haaland et Ødegaard. Et vous avez Sörloth sur l’autre côté aussi, qui est très dangereux. On ne peut pas focaliser le match contre la Norvège uniquement sur Haaland. C’est vrai que c’est un joueur qu’il faudra surveiller, un joueur qui peut faire sortir la Norvège de situations compliquées. Mais je pense que c’est surtout un plan qui doit empêcher le ravitaillement en ballons vers lui, en bloquant les lignes entre Ødegaard et Haaland. C’est là que se jouera la clé défensive du match.
Lors du match contre la France, nous avons vu Kalidou Koulibaly et Gana Gueye diminués. Est-ce qu’ils doivent être titulaires contre la Norvège ?
Idrissa Gueye et Kalidou Koulibaly doivent être titulaires. Je le disais tout à l’heure : on a besoin de commencer avec une structure expérimentée pour stabiliser l’équipe. Ce qui s’est passé contre la France, oui, on fait toujours le procès des joueurs qui n’étaient pas prêts physiquement. Mais l’erreur ne vient pas uniquement d’eux. Oui, ils étaient sur le terrain, ils sont responsables plus ou moins de la défaite. Mais je pense qu’à un moment ou à un autre, on aurait dû sentir depuis le banc que ces joueurs-là étaient fatigués et qu’il fallait les remplacer. Ils ont réalisé une superbe première mi-temps contre la France, ils arrivaient à couper les ballons, à les récupérer. Non, on ne peut pas débuter sans ces joueurs-là. Pour moi, il faut commencer avec une structure expérimentée, une structure qui stabilise l’équipe, et au fur et à mesure, on fera entrer nos atouts.
Sadio Mané est resté transparent lors du match contre la France. Avez-vous espoir qu’il va rebondir contre la Norvège ?
Nous avons espoir qu’il va rebondir. Sadio est un très grand joueur. Je pense qu’il ne peut pas enchaîner des performances qui ne sont pas à la hauteur de ses qualités. Depuis un certain moment, il a montré quelques signes de fatigue, mais je pense que Sadio Mané va rapidement se remettre et reprendre le train en marche. Et surtout, ce match contre la Norvège est très important, donc il faudra qu’il soit au rendez-vous.
Et pour finir, quel est votre pronostic pour le match Sénégal vs Norvège ?
Je pense que le Sénégal va battre la Norvège sur le score de 2 buts à 1.
Auteur: Abdoulahi NDOUR
Publié le: Lundi 22 Juin 2026
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