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Mutilations génitales féminines : les acteurs nationaux en quête de solutions pour une meilleure application de la loi
La Commission nationale des droits de l’homme du Sénégal (CNDH) a ouvert, ce mercredi à Saly, un atelier stratégique de réflexion consacré aux défis liés à l’application de la loi interdisant les mutilations génitales féminines (MGF). Pendant trois jours, représentants de l’État, magistrats, professionnels de santé, organisations de la société civile, partenaires techniques et financiers ainsi que des leaders communautaires se penchent sur les obstacles qui freinent encore l’éradication de cette pratique.
La présidente de la CNDH, la Professeure Amsatou Sow Sidibé, a rappelé que le Sénégal s’est doté, depuis 1999, de la Loi n°99-05 du 29 janvier 999, portant modification du Code pénal. Cette loi, rappelle Pr Sidibé, « a érigé la pratique de l’excision en infraction, passible d’une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et jusqu’à vingt ans de réclusion en cas de décès de la victime ».
« Malgré cet arsenal juridique protecteur, les chiffres nous interpellent. Selon les données de l’Enquête Démographique et de Santé (EDS)-Continue 2023, environ un quart des femmes âgées de 15 à 49 ans au Sénégal ont subi des mutilations génitales féminines, avec des prévalences atteignant des niveaux alarmants dans les régions de Matam, Kolda, Sédhiou et Ziguinchor. Ce qui est encore plus préoccupant, c’est que le nombre de poursuites judiciaires effectives reste bas au regard de la réalité de la pratique des MGF sur le terrain », a-t-elle souligné.
Pour la présidente de la CNDH, l’écart persistant entre la loi et la réalité du terrain traduit l’existence de nombreux obstacles : méconnaissance des textes, poids des normes sociales, faible dénonciation des cas, clandestinité croissante de la pratique et insuffisance de la coordination entre les différents acteurs concernés.
Ainsi, les participants sont ainsi appelés à dresser un état des lieux de la mise en œuvre de la loi de 1999, à analyser les jurisprudences existantes et à proposer des solutions concrètes pour renforcer les poursuites judiciaires et améliorer la protection des victimes.
Pour sa part, la ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, Marie Angélique Mame Selbé Diouf, a insisté sur la gravité des conséquences des mutilations génitales féminines sur la santé physique et psychologique des filles et des femmes.
« Notre activité touche à ce que nous avons de plus cher : la dignité de nos filles. Les mutilations génitales féminines brisent des vies, altèrent de manière irréversible la santé physique et psychologique de nos enfants, et constituent une violation flagrante de leurs droits fondamentaux. Il nous appartient de diagnostiquer avec lucidité les obstacles qui freinent encore son effectivité totale sur le terrain, et de comprendre les mécanismes de résistance qui entravent l’application de notre texte de 1999 qui avait suscité tant d’espoirs », a déclaré la ministre. Elle appelle à une mobilisation collective pour faire de la loi un véritable bouclier de protection.
Elle a également rappelé que son département a élaboré une Stratégie nationale pour l’abandon des mutilations génitales féminines, assortie d’un plan d’actions destiné à accélérer l’élimination de cette pratique.
Soutenu notamment par l’UNFPA, l’UNICEF et ONU Femmes, cet atelier ambitionne d’aboutir à des recommandations opérationnelles et à une feuille de route claire pour renforcer l’application de la loi et accélérer l’atteinte de l’objectif d’élimination des MGF d’ici 2030.
Au-delà des textes et des engagements institutionnels, les participants ont souligné que la réussite de ce combat dépendra de la capacité des acteurs à agir au plus près des communautés, là où se jouent encore les résistances et les changements de comportements nécessaires à l’abandon définitif de l’excision.
Les conclusions de cette rencontre sont attendues comme une étape importante dans le renforcement de la protection des droits des filles et des femmes au Sénégal. Car, pour la nouvelle ministre « au-delà des textes et des victoires législatives passées, la sacralité de la vie humaine rappelle qu’une seule fille victime d’excision au Sénégal, est une victime de trop », et qu’il n’est plus possible de « tolérer le fossé entre la rigueur de la loi et la réalité de la pratique qui se perpétue encore dans l’ombre.
Auteur: Khady NDOYE
Publié le: Mercredi 17 Juin 2026
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