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Aminata Pilimini Diallo a présenté, ce samedi 09 avril, sa première œuvre intitulée Lettre à ma sœur, publiée à la maison d’édition Le Fil d’Ariane. Cette cérémonie de la journaliste et militante guinéenne a pris des allures de tribune féministe et de moment de transmission. Devant un public composé de proches, les intervenants ont salué un ouvrage présenté comme bien plus qu’une autobiographie : un récit de lutte, de survie et de mémoire.
Chargée de présenter le livre, la journaliste Fatou Warkha Samb a décrit un texte « littéraire, militant et thérapeutique à la fois », retraçant « dix années de féminisme vécu dans la chair, dans l’âme et dans le quotidien d’une femme africaine qui a choisi un jour de ne plus se taire ».
Très émue, elle a expliqué avoir accepté cette présentation par admiration pour l’engagement de l’autrice. « Quand j’ai lu ce livre, je me suis juste dit qu’il y a des livres qu’on lit, mais aussi des livres qu’on reçoit. Pour moi, ce livre fait partie de ceux qu’on reçoit comme une lettre d’une amie qu’on attendait depuis longtemps », a-t-elle déclaré.
Dans son intervention, Fatou Warkha Samb a insisté sur ce qu’elle considère comme l’un des apports majeurs de l’ouvrage : la réappropriation d’un féminisme africain souvent présenté, à tort selon elle, comme une importation occidentale.
« L’une des contributions les plus nécessaires de ce livre, c’est la démonstration rigoureuse que le féminisme n’est pas une importation occidentale », a-t-elle soutenu, évoquant les références historiques convoquées par l’autrice, des sociétés matriarcales africaines aux figures féminines guinéennes ayant résisté pour la liberté de leur peuple.
Elle a également salué « le refus absolu de la posture héroïque » dans le récit d’Aminata Pilimini Diallo. « Aminata n’est pas un monument. Elle est une femme, elle doute, elle souffre, elle commet des erreurs, elle les reconnaît publiquement », a-t-elle souligné.
Pour la journaliste, cette vulnérabilité assumée constitue en soi « un acte politique » dans des sociétés où les femmes sont souvent sommées d’être irréprochables pour être crédibles.
Prenant ensuite la parole sous les applaudissements, Aminata Pilimini Diallo est revenue sur son parcours militant, marqué par les violences numériques, les attaques publiques, mais aussi par le soutien indéfectible de ses parents.
« À un moment, j’avais voulu arrêter », a-t-elle confié en évoquant les campagnes de harcèlement qu’elle a subies en 2020. « Heureusement, j’ai des parents qui me soutiennent beaucoup, surtout mon père. Il m’a dit : “Peut-être qu’il y a une fille là-bas qui a besoin de toi et qui ne le sait pas encore. Donc, si tu arrêtes, ce ne serait pas bien pour elle.” »
L’autrice affirme poursuivre son engagement pour toutes celles qui n’ont pas la possibilité de prendre la parole. « Je continue parce que je sais qu’il y a quelqu’un qui a besoin de moi. Il y a des femmes derrière moi qui n’ont pas eu les opportunités que j’ai eues. Donc je ne peux pas m’arrêter », a-t-elle insisté.
Dans une réflexion plus large sur les violences sexistes en ligne, elle estime que les attaques visent avant tout les femmes qui osent s’exprimer publiquement. « Ce n’est pas parce qu’on est féministes qu’ils sont contre nous. C’est parce qu’une femme prend la parole », a-t-elle déclaré sous les applaudissements de la salle.
Écrire pour laisser une trace
Au cours de la rencontre, Aminata Pilimini Diallo a aussi expliqué pourquoi elle avait choisi le livre comme support de transmission de son expérience militante.
« Les paroles s’en vont, mais les écrits restent », a-t-elle résumé. Très active sur les réseaux sociaux depuis plusieurs années, elle dit avoir voulu préserver une mémoire durable de ses combats. « Je me suis dit : si j’écris aujourd’hui, on peut me lire dans cent ans. Mais est-ce que mon Facebook sera encore là dans cent ans ? Je ne pense pas », a-t-elle lancé avec humour.
L’écriture, confie-t-elle, a toujours occupé une place essentielle dans sa vie. « Quand j’écris, je n’ai plus mal. C’est comme une thérapie », a raconté l’autrice, disant remplir des cahiers depuis l’enfance pour consigner aussi bien ses joies que ses blessures.
La journaliste guinéenne a également retracé la naissance progressive de son engagement féministe. À ses débuts, explique-t-elle, son objectif était simplement de rendre les femmes plus visibles dans les médias guinéens.
« Je constatais qu’il y avait très peu de femmes dans les sujets politiques, économiques ou dans les grandes émissions. Pourtant, je savais qu’il existait des femmes compétentes », a-t-elle expliqué.
Son travail journalistique l’a ensuite conduite à couvrir des affaires de violences sexuelles et de discriminations. Frustrée par la neutralité imposée dans les articles de presse, elle commence alors à dénoncer ces violences sur Facebook.
« Les gens ont commencé à me dire : “Toi, tu es féministe.” Moi, je ne connaissais même pas le mot en 2015 », a-t-elle raconté en souriant. Après des recherches personnelles, elle dit s’être reconnue dans ce courant de pensée. « J’ai compris que j’étais féministe depuis longtemps sans le savoir », a-t-elle ajouté.
Aujourd’hui encore, malgré la fatigue et les attaques, Aminata Pilimini Diallo dit vouloir continuer à transmettre le relais aux jeunes générations. « Heureusement, il y a beaucoup de jeunes féministes qui ont pris le combat. Certaines sont même plus radicales que moi », a-t-elle lancé.
Avant de conclure avec une phrase accueillie par une longue ovation : « Toute mon énergie est dans ce livre. Je n’ai plus rien à prouver à qui que ce soit. »
A.N
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