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Avec l’ouverture, en avril dernier, d’une ambassade à Dakar, la Suède entend donner une nouvelle impulsion à sa relation historique avec le Sénégal et renforcer un partenariat économique, technologique et institutionnel déjà dynamique. Dans cet entretien, l’ambassadeur de Suède au Sénégal, Catharina Cappelin, revient sur les raisons de cette implantation diplomatique, les opportunités de coopération, les questions migratoires, l’égalité de genre et sa vision du potentiel sénégalais.
La Suède a inauguré, en avril dernier, une nouvelle ambassade à Dakar après la fermeture de celles au Mali et au Burkina Faso. Qu’est-ce qui justifie ce choix ?
Le gouvernement suédois a décidé de fermer ses ambassades à Ouagadougou et à Bamako en 2024. Toutefois, il jugeait important de maintenir une présence en Afrique de l’Ouest francophone. Parmi les différentes options étudiées, Dakar s’est imposée naturellement. Le Sénégal joue un rôle important dans la stabilité régionale, la paix, le respect du droit international et du multilatéralisme. De plus, Dakar est devenue un véritable hub diplomatique avec la présence de nombreuses organisations internationales, des Nations unies et des Ong.
Comment évaluez-vous aujourd’hui l’état des relations entre la Suède et le Sénégal ?
J’ai été positivement surprise de découvrir l’existence de nombreux partenariats entre nos deux pays. Il y a déjà beaucoup de collaborations entre agences publiques, programmes de développement et institutions. Notre objectif aujourd’hui est de renforcer ces relations et de construire de nouveaux partenariats. Les échanges commerciaux entre la Suède et le Sénégal représentent environ 43 milliards de FCfa par an, ce qui témoigne de l’importance croissante de nos relations économiques.
Pouvez-vous nous parler des principaux domaines de coopération entre les deux pays ?
Nous travaillons beaucoup sur la transition verte, notamment à travers un projet de valorisation des déchets en biogaz, ainsi que dans le domaine des transports durables. Nous collaborons également dans le numérique et dans la lutte contre les flux financiers illicites grâce au projet régional SecFin Africa, financé par l’Union européenne.
La Suède est reconnue pour son avance dans le numérique. Existe-t-il des projets dans ce secteur au Sénégal ?
Oui, absolument. La Suède apporte son expertise en matière de solutions numériques, notamment pour la traçabilité des flux financiers illicites. Des entreprises suédoises comme Ericsson sont également présentes dans la région et s’intéressent au marché sénégalais. Vous misez également sur le transfert de compétences et de technologies. Pouvez-vous nous en dire davantage ? Je peux citer l’exemple de Dynava AB, une entreprise suédoise spécialisée dans les services à la clientèle, fondée en 1911.Dynava dispose de centres d’appels en Suède, en Finlande, en Estonie, en République de Moldavie et au Sénégal. L’entreprise a démarré ses activités à Dakar en 2012 sous le nom de Samres Sénégal. Elle emploie aujourd’hui plus de 150 Sénégalais dans la capitale. Dynava propose à ses clients diverses solutions de service à la clientèle, notamment dans les domaines de la réservation de voyages, de l’assistance aux usagers et de l’accompagnement dans l’exécution de différentes démarches. Ses opérateurs assurent la gestion des communications avec les clients à travers plusieurs canaux, notamment les appels téléphoniques entrants, le chat en ligne et le courrier électronique. La langue de travail étant le suédois, les recrus bénéficient d’une formation intensive de 8 mois avant leur intégration professionnelle. C’est une expérience très intéressante qui illustre le dynamisme des relations entre nos deux pays.
Les questions migratoires sont souvent au cœur des programmes de coopération. Votre pays a lancé un projet axé sur le retour volontaire. Pouvez-vous nous en dire plus ?
La Suède cherche à renforcer les liens entre sa politique de développement et sa politique migratoire. En 2024, le gouvernement suédois a adopté une stratégie intitulée « coopération au développement de la Suède en matière de migration, de retour et de rapatriement volontaire 2024-2028 ». Cette stratégie dispose d’un budget de 3 milliards de couronnes suédoises. Elle vise à prévenir la migration irrégulière, faciliter les retours volontaires et améliorer les conditions de réintégration dans les pays prioritaires. La Suède est fortement engagée dans la lutte contre la migration irrégulière, tout en promouvant les voies légales comme les études, les bourses et les opportunités professionnelles.
Des opportunités de bourses existent pour les étudiants sénégalais…
L’Institut suédois a fait du Sénégal un pays prioritaire pour son programme de bourses destiné aux étudiants en master. Ces bourses sont entièrement financées. Toutefois, la maîtrise de l’anglais est indispensable pour en bénéficier.
Qu’en est-il de l’obtention de visa pour la Suède, une question qui taraude l’esprit de bon nombre de jeunes ?
Les demandes de visa ne sont pas traitées directement par l’ambassade de Suède à Dakar. Ce sont actuellement les Pays-Bas qui assurent ce service pour la Suède dans le cadre d’un système régionalisé. Toutes les informations sont disponibles sur notre site internet et les demandes sont introduites via le centre Vfs.
La Suède est souvent citée comme un modèle en matière d’égalité entre les femmes et les hommes. Qu’en est-il réellement ?
La Suède est le pays de l’Union européenne le mieux classé en matière d’égalité entre les sexes depuis 2010. Elle obtient notamment d’excellents résultats dans les domaines du travail et de la représentation équilibrée dans les sphères de pouvoir. Le gouvernement suédois compte actuellement 12 femmes ministres sur 24 membres, soit une parfaite parité. Au Parlement, les femmes représentent un peu plus de 43 % des députés. Par ailleurs, les parents bénéficient de 480 jours de congé parental par enfant. Une partie de ces jours est réservée au père afin d’encourager une répartition plus équilibrée des responsabilités familiales. Cette politique favorise à la fois l’implication des hommes dans la vie familiale et l’accès des femmes à une carrière professionnelle.
Accompagnez-vous le Sénégal sur les questions de genre et de leadership féminin ?
Oui. Depuis 2018, nous travaillons avec des institutions de la Cedeao sur des programmes liés au leadership sensible au genre et à l’égalité entre les sexes. Nous organisons régulièrement des ateliers de formation destinés aussi bien aux hommes qu’aux femmes.
Quels sont aujourd’hui les axes prioritaires de la coopération entre la Suède et le Sénégal ?
Nous voulons être un partenaire fiable et durable pour le Sénégal dans plusieurs domaines : la transition verte, le numérique, la gouvernance, la transparence, la lutte contre la corruption, le développement et le renforcement des capacités institutionnelles. Nous travaillons également avec la société civile et différentes institutions sénégalaises pour approfondir cette coopération.
Vous encouragez également l’implication des agences publiques dans différents domaines de coopération ?
Il existe un réel intérêt des agences publiques pour s’impliquer davantage dans différents secteurs de coopération. Je vois le rôle de l’ambassade comme celui d’un facilitateur chargé de créer des connexions. C’est précisément ce que nous commençons à faire de plus en plus.
Quelle est votre appréciation de la situation actuelle du Sénégal ?
Le Sénégal est un pays qui dispose de nombreux atouts. Pour moi, sa plus grande richesse, c’est sa population, notamment sa jeunesse. L’avenir du Sénégal repose sur ses jeunes. Le pays dispose également d’un bon système éducatif et d’universités de qualité. Je sais qu’il existe déjà des partenariats entre des universités suédoises et l’Université Cheikh Anta Diop. Ce sont des bases solides pour construire l’avenir. Bien sûr, il existe aussi des défis, notamment la situation macroéconomique et la question de la dette. Mais je crois que les autorités sénégalaises sont pleinement conscientes de ces enjeux. Si le Sénégal parvient à relever ces défis, son potentiel est immense.
Existe-t-il un intérêt des entreprises suédoises pour investir au Sénégal ?
Oui, il existe un réel intérêt commercial. Par exemple, Swedfund, une organisation publique suédoise, facilite les investissements en Afrique subsaharienne et a déjà soutenu plusieurs projets au Sénégal. Il existe également des mécanismes de garantie de crédit destinés à encourager les investissements suédois dans les secteurs des transports, des infrastructures portuaires et du numérique.
La Suède est connue pour être un grand donateur en matière d’aide au développement. Quelle est votre approche au Sénégal ?
La Suède reste l’un des rares pays à consacrer plus de 0,7 % de son revenu national brut à l’aide publique au développement. Nous travaillons principalement à travers des programmes régionaux couvrant l’Afrique de l’Ouest, y compris le Sénégal. Les défis liés à la sécurité, au changement climatique, à la migration irrégulière ou encore à la santé maternelle et infantile dépassent les frontières nationales. C’est pourquoi nous privilégions une approche régionale. Nous soutenons également la société civile, notamment des organisations comme Tostan, car une démocratie résiliente repose sur une société civile forte ainsi que sur la liberté de presse et la liberté d’expression.
Quelle est votre appréciation de la Vision Sénégal 2050 ?
Je trouve que la Vision Sénégal 2050 est ambitieuse et très claire. J’ai constaté qu’il existe de nombreux domaines dans lesquels la Suède et le Sénégal partagent les mêmes objectifs. Cela crée un cadre favorable à la coopération. Pour moi, il n’y a aucune contradiction entre la volonté de renforcer la souveraineté nationale et celle de développer des partenariats internationaux. Les deux peuvent aller de pair. La Suède souhaite être un partenaire à l’écoute des priorités définies par le Sénégal dans une logique gagnant-gagnant.
Quels sont les secteurs de coopération qui offrent le plus d’opportunités selon vous ?
Le biogaz constitue un excellent exemple. Il répond à un besoin identifié par le Sénégal dans le cadre de sa transition écologique et de son développement économique. La Suède dispose d’entreprises capables d’apporter des solutions techniques ainsi que d’agences publiques pouvant accompagner le renforcement des capacités. Nous travaillons également sur l’énergie solaire et les technologies vertes. Compte tenu du fort taux d’ensoleillement du Sénégal, le potentiel de coopération est considérable.
Propos recueillis par Matel BOCOUM
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