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Casamance : l’anacarde, richesse promise mais mal exploitée, le cri de détresse des producteurs de Djibonker
À Djibonker, les producteurs d’anacarde expriment leur désarroi. Entre espoirs portés par le programme du Cadre Régional de Concertation des Opérateurs deZiguinchor (CROFAZ) et réalités d’un terrain marqué par de faibles rendements, des pratiques agricoles inadaptées et un manque de soutien institutionnel, leur cri de cœur révèle une filière en quête de structuration. L’anacarde, pourtant richesse promise, reste mal exploité, laissant les paysans dans l’incertitude et la jeunesse face au chômage.
Les témoignages recueillis à Djibonker traduisent une double réalité : l’anacarde est porteur d’avenir, mais son exploitation demeure fragile. Demba Diémé, président du Cadre Régional de Concertation des Opérateurs de la Filière Anacarde de Ziguinchor (CROFAZ), rappelle l’ambition affichée : booster la production nationale grâce à un programme de plantation massif, former des relais agricoles pour accompagner les paysans et diversifier les cultures dans des fermes intégrées afin de renforcer la résilience économique. « Cette année, nous avons déjà mis en place 80 000 plants. Dans cinq ans, nous visons l’autonomie de production et une couverture de 99 % des besoins nationaux », affirme-t-il.
Pourtant, les producteurs dénoncent des rendements trop faibles, oscillant entre 300 et 400 kilos à l’hectare. Les causes sont connues : plantations trop serrées, absence de techniques modernes, divagation des animaux et manque d’encadrement. Diémé lui-même reconnaît que « sans une production solide, la transformation restera un vœu pieux ».
À Djibonker, Rigobert Sagna confie son étonnement face aux nouvelles méthodes introduites : « On nous a montré qu’avec une bonne distanciation, il est possible de cultiver d’autres spéculations entre les anacardiers. C’est une révolution pour nous. » Pour lui, cette approche ouvre la voie à une agriculture plus intégrée, où l’anacarde devient un pilier autour duquel gravitent d’autres cultures vivrières.
Léonie Biagui, adjointe au chef du village, insiste sur l’impact de ces formations : « Nous avons réalisé qu’il y avait une différence entre nos anciennes pratiques et ce que vous nous avez montré. La nouvelle méthode permet aux fruits de grossir davantage et rend l’exploitation plus productive. » Elle y voit une opportunité de création d’emplois pour les jeunes et les femmes, notamment dans la transformation, et se félicite de la fiabilité du partenariat avec le CROFAZ.
Marc Lopy, président de la jeunesse de Djibonker, met en avant la dimension sociale du projet. Pour lui, l’anacarde est une réponse au chômage des jeunes : « La terre ne ment jamais. Ce projet est une chance pour Djibonker et pour toute la Casamance. » Il appelle les jeunes à exploiter les terres disponibles et à changer de paradigme : l’agriculture n’est pas synonyme de pauvreté, mais bien une voie vers la dignité et la prospérité.
Mais derrière ces paroles d’espoir, la détresse est palpable. Les producteurs manquent de moyens pour appliquer durablement les nouvelles techniques. L’État, souvent absent, n’a pas encore mis en place un cadre solide pour soutenir la transformation locale. Les infrastructures de collecte et de transformation demeurent insuffisantes, et la filière reste vulnérable aux fluctuations du marché international.
Le plaidoyer des producteurs est clair : renforcer l’encadrement technique, investir dans des unités de transformation locales, faciliter l’accès des jeunes aux terres inexploitées et instaurer une politique nationale cohérente pour l’anacarde. Car au-delà de la production, c’est l’avenir économique et social de la Casamance qui se joue. L’anacarde est une richesse promise, mais encore prisonnière de pratiques traditionnelles et d’un manque de structuration. Sa valorisation pourrait transformer la région en un véritable pôle de prospérité partagée.
⚡ Résumé express
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– À Djibonker, les producteurs d’anacarde dénoncent des rendements trop faibles, entre 300 et 400 kilos à l’hectare.
– Le CROFAZ a mis en place 80 000 plants et vise dans cinq ans l’autonomie de production et une couverture de 99 % des besoins nationaux.
– Les producteurs demandent plus d’encadrement technique, des unités de transformation locales et l’accès des jeunes aux terres inexploitées.
Auteur: Max Euclide KANFANY
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