L’eau est souvent abordée comme une question sanitaire ou humanitaire. Pourtant, à mesure que les besoins augmentent et que les effets du changement climatique se renforcent, elle s’impose de plus en plus comme un enjeu économique central pour le continent africain. Agriculture, production énergétique, urbanisation, industrie ou stabilité sociale dépendent directement de l’accès à des ressources hydriques suffisantes et correctement gérées.
Cette réalité a été largement mise en avant lors d’une session de haut niveau organisée dans le cadre de la 12e édition du Forum régional africain sur le développement durable à Addis-Abeba. À cette occasion, Claver Gatete a appelé les États africains à faire de l’eau et de l’assainissement une priorité stratégique du développement, en soulignant que l’insécurité hydrique constitue désormais un risque économique majeur pour plusieurs secteurs clés.
Les chiffres rappelés durant les échanges montrent l’ampleur du défi. Malgré les progrès enregistrés depuis 2015, seuls 40 % des Africains disposent aujourd’hui d’un accès à une eau gérée en toute sécurité, tandis qu’à peine 30 % ont accès à des services d’assainissement considérés comme adéquats. Plus de 200 millions de personnes pratiquent encore la défécation à l’air libre sur le continent, ce qui continue d’alimenter des risques sanitaires importants.
Ces difficultés produisent des effets économiques bien plus larges que la seule question de l’accès à l’eau potable. Dans plusieurs régions africaines, l’agriculture reste fortement dépendante des précipitations et demeure vulnérable aux sécheresses ou aux irrégularités climatiques. Or ce secteur représente encore une part majeure de l’emploi dans de nombreuses économies du continent.
Lorsque les ressources en eau diminuent ou deviennent plus irrégulières, les conséquences se répercutent rapidement sur les rendements agricoles, les revenus ruraux et les prix alimentaires. Les tensions sur l’eau peuvent alors alimenter l’inflation, fragiliser les chaînes d’approvisionnement et accroître les risques sociaux dans les zones déjà vulnérables.
La question énergétique est également directement concernée. Une part importante de la production électrique africaine dépend encore de l’hydroélectricité, notamment dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe. Les épisodes de sécheresse prolongée peuvent donc affecter la production énergétique, ralentir l’activité industrielle et accroître les coûts de l’électricité.
L’urbanisation rapide accentue encore cette pression. Selon les Nations unies, la population urbaine africaine devrait pratiquement doubler d’ici 2050, ce qui implique des besoins massifs en réseaux d’eau, en infrastructures d’assainissement et en gestion des déchets. Dans plusieurs grandes villes africaines, les infrastructures existantes peinent déjà à suivre la croissance démographique actuelle.
La Commission économique pour l’Afrique estime ainsi que le continent doit mobiliser environ 64 milliards de dollars par an pour atteindre la sécurité hydrique universelle. Ce montant illustre l’ampleur des investissements nécessaires dans les réseaux de distribution, les stations de traitement, les systèmes d’assainissement ou encore les infrastructures de stockage et d’irrigation.
Le changement climatique rend la situation encore plus complexe, dans la mesure où il accentue simultanément les sécheresses, les inondations et l’irrégularité des saisons. Certaines régions doivent désormais gérer des épisodes climatiques extrêmes plus fréquents, avec des effets directs sur les infrastructures, les récoltes et les déplacements de population.
Dans ce contexte, l’eau cesse progressivement d’être considérée comme un simple enjeu social pour devenir un facteur structurant de compétitivité économique et de stabilité politique. Les pays capables de sécuriser durablement leurs ressources hydriques disposeront d’un avantage de plus en plus déterminant dans les décennies à venir, alors que ceux qui accumulent les déficits d’infrastructures risquent de voir les tensions économiques et sociales s’aggraver.
Auteur: Aicha Fall
Publié le: Mercredi 06 Mai 2026
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