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«Annulation de la dette» : l’économiste Abdoulaye Ndiaye prend le contrepied de Ndongo Samba Sylla
Abdoulaye Ndiaye, l’économiste sénégalais qui est professeur à la Stern School of Business de l’Université de New York (États-Unis), se prononce de nouveau sur la problématique de la dette publique sénégalaise. Cette fois-ci, il prend le contrepied de l’économiste Ndongo Samba Sylla sur la question de « l’annulation de la dette », dans une tribune que nous vous proposons ci-dessous.
«Je ne vois pas comment l’idée d’annulation de la dette du Sénégal offre quelque solution concrète et durable, avec les instruments qui existent aujourd’hui. Bien entendu, je critique ici la pensée de Ndongo Samba Sylla, comme la critique de la pensée se fait en toute civilité dans la sphère publique globale qu’est Twitter. Je l’écris ici car il est important que le Sénégalais comprenne la teneur des idées sur la place publique.
On reviendra sur l’annulation de la dette… Tout d’abord, j’apprécie le travail historique exceptionnel de Pigeaud et Sylla sur le franc CFA. Mais sur la dette de la Zambie la note de Chelwa et Kaulule décrit le cas d’un seul pays ; il n’y a aucune comparaison. Un échec se mesure par rapport à un contrefactuel, et l’Afrique nous en offre plusieurs. Ceux qui ont eu des crises de dette et n’ont pas restructuré? Le Zimbabwe est en arriérés depuis 2000, un quart de siècle exclu des marchés financiers. Ceux qui ont restructuré seuls, hors de tout cadre? Le Mozambique avec sa « dette cachée révélée » en 2016, le cas le plus proche du nôtre, a négocié seul face à ses obligataires en 2019 : aucune décote et les prêts cachés laissés en contentieux pendant des années. Sept ans plus tard, une dette à 96 % du PIB et Fitch les dénote en CC le 23 Avril 2026, puis retour à la case restructuration enfin.
Quand un pays connaît une crise de dette, il est déjà malade. Je pense que ce n’est pas dans sa maladie qu’on va à la guerre. J’ai écrit dans plusieurs autres articles ce qu’il faut pour que nos pays ne se retrouvent pas dans des crises de dette perpétuelles en premier lieu. Continuons… Ceux qui sont passés par le Cadre commun? En effet on peut, comme j’ai fait un tri sur volet ci-dessus, prendre le cas particulier de la Zambie qui, d’ailleurs, reflète les problèmes actuels avec le cadre commun à améliorer. La lenteur et la comparabilité des traitements entre créanciers, pas la restructuration en soi. Mais si on veut donner des recommandations plus robustes, il faut avoir une façon systématique de juger une panoplie de cas de dette avec ou sans restructuration préventive. C’est ce que font Asonuma et Trebesch (2019) qui étudient 179 crises de la dette sur la période 1978-2010 et trouvent que, par rapport aux pays qui ont été forcés de faire une « restructuration de la dette après défaut de paiement », les pays qui ont effectué une restructuration préventive ont subi des décotes plus faibles, ont connu moins de crises bancaires et ont relancé les entrées de capitaux beaucoup plus rapidement (moins d’un an contre 5 ans).
Qu’en est-il de l’annulation de la dette? Le Sénégal ne peut pas annuler sa dette lui-même. Il peut soit refuser de payer, ce qui est un défaut, et il y a des cours de justice dans les juridictions où le Sénégal a émis sa dette et surtout le risque de ne plus avoir de prêteur. Soit donc le Sénégal décide de repayer la dette. C’est ce que le Sénégal a fait de 2024 à maintenant. On n’en avait pas les moyens et il est important que le Sénégalais comprenne qu’on empruntait en moyenne pour 1,5 ans pour rembourser le mois suivant, qu’on n’avait pas l’espace pour les investissements à long terme et que la non-restructuration est synonyme de « seul le Sénégalais souffre ».
Relisez bien cette phrase. Une annulation de dette suppose des créanciers bienveillants. Ce n’est pas la géoéconomie actuelle où nous vivons où chaque pays dit « mon peuple d’abord ». Aucun pays créancier du Sénégal, en ce moment et sur ces 2 années, n’a plaidé publiquement pour l’annulation de la dette du Sénégal. Donc le Sénégal déciderait unilatéralement l’annulation de sa dette face à des parties prenantes, différents de pays créanciers (d’où le terme de dette bilatérale), organisations internationales, détenteurs d’Eurobonds et de TRS etc. ? Une annulation unilatérale ? Si on y arrive, bravo (c’était une question-réponse rhétorique, bien sûr que non). Mais rappelons que notre dette a déjà été annulée avec l’initiative Pays Pauvres Très Endettés du milieu des années 2000. Elle était retombée à environ 20 % du PIB, et elle est remontée jusqu’au niveau que l’on connaît aujourd’hui.
L’annulation seule n’a jamais réglé la trajectoire. Une autre alternative souvent discutée est d’avoir la Banque centrale, qui aurait sa politique monétaire libre et pourrait créer de l’inflation pour rembourser sa dette. Je pense que les théories Modern Monetary Theory (MMT) sont plus fondées sur l’idéologie que sur la réalité, que les contraintes budgétaires comptent, « budget constraints matter. » Et la répression financière (politique visant à acheminer les fonds du privé vers le secteur public) qui adviendrait de cette inflation pourrait stagner une économie pendant des décennies.»
⚡ Résumé express
généré par IA, vérifié par la rédaction
– Abdoulaye Ndiaye, professeur à la Stern School of Business de l’Université de New York, prend le contrepied de Ndongo Samba Sylla sur l’annulation de la dette sénégalaise.
– Il affirme que le Sénégal ne peut pas annuler sa dette lui-même et qu’aucun pays créancier n’a plaidé publiquement pour cette annulation ces deux dernières années.
– Il rappelle que la dette du Sénégal avait déjà été annulée via l’initiative PPTE dans les années 2000, retombant à environ 20 % du PIB avant de remonter.
Auteur: Abdoulaye NDIAYE
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