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La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est souvent résumée à un accord commercial destiné à réduire les barrières entre les pays africains. En réalité, sa mise en œuvre suppose un travail beaucoup plus vaste. Les États doivent adapter leurs réglementations, former leurs administrations, accompagner les entreprises, moderniser leurs douanes et négocier des règles communes sur des sujets aussi variés que les services, les investissements ou le commerce numérique. C’est dans ce contexte qu’intervient le Centre africain pour la politique commerciale (ATPC), une structure spécialisée de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) chargée d’appuyer les gouvernements dans la conduite de ces réformes.
Créé en 2003 et installé à Addis-Abeba, au siège de la CEA, l’ATPC ne finance pas les États et ne participe pas directement aux négociations commerciales. Sa mission consiste à mettre à leur disposition des analyses économiques, des outils d’aide à la décision, des formations et une assistance technique afin de renforcer leurs capacités de négociation et de mise en œuvre des politiques commerciales.
Son rôle a pris une dimension nouvelle avec l’entrée en vigueur de la ZLECAf le 30 mai 2019, puis le lancement officiel des échanges commerciaux préférentiels le 1er janvier 2021. Cet accord rassemble aujourd’hui 54 des 55 États membres de l’Union africaine, ce qui en fait la plus vaste zone de libre-échange au monde en nombre de pays participants. Selon la Banque mondiale, sa pleine mise en œuvre pourrait augmenter les revenus du continent de 450 milliards de dollars d’ici 2035 et sortir près de 30 millions de personnes de l’extrême pauvreté.
Ces perspectives reposent toutefois sur une condition essentielle. Signer un accord ne suffit pas à accroître les échanges commerciaux. Les administrations doivent encore élaborer les textes d’application, adapter les procédures douanières, harmoniser certaines réglementations et accompagner les entreprises afin qu’elles puissent effectivement bénéficier des nouvelles préférences tarifaires.
C’est précisément sur ces questions que travaille l’ATPC. Le Centre réalise des études d’impact, élabore des modèles économiques, accompagne les gouvernements dans la préparation de leurs stratégies nationales relatives à la ZLECAf et organise des formations destinées aux négociateurs, aux responsables des ministères du Commerce et aux administrations douanières.
L’une de ses contributions les plus suivies concerne les analyses des chaînes de valeur africaines. Les économistes de la CEA rappellent régulièrement que le développement du commerce intra-africain dépend moins des seules réductions tarifaires que de la capacité des pays à produire davantage de biens transformés. Exporter du cacao brut, du coton ou des minerais génère généralement moins de valeur ajoutée que fabriquer du chocolat, des textiles ou des composants industriels destinés au marché continental.
L’ATPC participe également aux travaux portant sur les nouveaux domaines couverts par la ZLECAf. Les négociations ne concernent plus uniquement les marchandises. Elles portent désormais sur les services, les investissements, la politique de concurrence, les droits de propriété intellectuelle, le commerce électronique ou encore les femmes et les jeunes dans le commerce. Ces sujets nécessitent des compétences juridiques et économiques de plus en plus spécialisées, que le Centre contribue à développer auprès des administrations africaines.
Le Sénégal figure parmi les pays ayant bénéficié de cet accompagnement. Les experts de l’ATPC ont notamment participé aux travaux préparatoires de la stratégie nationale de mise en œuvre de la ZLECAf, en collaboration avec les autorités sénégalaises, la CEA et plusieurs partenaires techniques. L’objectif consiste à identifier les secteurs susceptibles de tirer le meilleur parti de l’ouverture du marché continental, comme l’agroalimentaire, les matériaux de construction, les services ou les industries manufacturières.
L’action du Centre s’appuie également sur des outils d’analyse quantitative. Les simulations réalisées par la CEA permettent d’estimer les effets attendus des baisses tarifaires, des réformes douanières ou de la réduction des obstacles non tarifaires sur les échanges commerciaux, les recettes publiques ou l’emploi. Ces travaux servent ensuite de base aux arbitrages des gouvernements.
L’ATPC entretient enfin une coopération étroite avec le secrétariat de la ZLECAf, l’Union africaine, la Banque africaine de développement, Afreximbank ainsi qu’avec les communautés économiques régionales. Cette coordination vise à éviter que les réformes commerciales soient conduites de manière isolée et à favoriser une approche commune entre les différentes institutions impliquées dans l’intégration économique du continent.
Les accords commerciaux produisent rarement leurs effets immédiatement après leur signature. Ils supposent des années de préparation administrative, d’adaptation réglementaire et d’accompagnement des entreprises. Les travaux de l’ATPC s’inscrivent dans cette logique. Le Centre ne négocie pas les accords à la place des États, mais il leur fournit les analyses et les outils nécessaires pour transformer des engagements juridiques en politiques publiques susceptibles de renforcer les échanges intra-africains.
À mesure que la ZLECAf entre dans une phase plus opérationnelle, cette expertise prend une valeur croissante. La compétitivité des économies africaines dépendra non seulement de l’ouverture des frontières commerciales, mais aussi de la capacité des administrations à mettre en œuvre des réformes cohérentes et des entreprises à saisir les nouvelles opportunités offertes par le marché continental.
⚡ Résumé express
généré par IA, vérifié par la rédaction
– L’ATPC, structure de la CEA basée à Addis-Abeba, fournit analyses, formations et assistance technique aux États pour la mise en œuvre de la ZLECAf, sans financer ni négocier directement.
– La ZLECAf, en vigueur depuis 2019 et avec des échanges lancés en 2021, regroupe 54 pays et pourrait augmenter les revenus du continent de 450 milliards de dollars d’ici 2035 selon la Banque mondiale.
– Le Sénégal a bénéficié de l’accompagnement de l’ATPC pour préparer sa stratégie nationale de mise en œuvre, ciblant des secteurs comme l’agroalimentaire et les services.
Auteur: Aicha FALL
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