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Artiste, compositeur et auteur, son nom est indissociable du riti, sorte de violon traditionnel à deux cordes ou monocorde qui se joue à l’aide d’un archet. Depuis plus de trois décennies, Ndick Sène est un virtuose de cet instrument qui a traversé les siècles et transmet nostalgie, mémoire et profondeur des émotions. En fervent ambassadeur de la culture sérère, le fils de Fissel Mbadane fait de la préservation de cet héritage son principal défi.
Si l’Occident a sa guitare, son violon, sa trompette ou encore son saxophone, le Sénégal a son riti. Cet instrument, sorte de violon traditionnel à deux cordes ou monocorde qui se joue à l’aide d’un archet, est spécifique aux Sérères, mais aussi aux Peuls (nianiorou, en langue peule). Ndick Sène en est un virtuose, un maître incontesté. Originaire de Back, dans la commune de Fissel Mbadane, département de Mbour, son nom est indissociable de cet instrument qu’il manie avec panache.
Entre lui et le riti qu’il manie avec maestria, c’est une longue histoire qui a démarré alors qu’il était adolescent, et qui a vu le destin s’en mêler. Quand les jeunes de son âge ont choisi d’aller user leurs culottes sur les bancs de l’école, lui avait d’autres ambitions. Piqué miraculeusement par le virus de la musique, il n’a pas réussi à résister au mirage des décibels et sonorités de cet instrument magique, symbole de la culture sérère. Son père, son frère et son oncle étaient de fervents joueurs de riti, mais ne l’ont pas initié aux techniques de cet instrument. « Une année, je suis parti en vacances à Usine Bène Tally, à Dakar. J’ai vu un de mes cousins jouer au riti. J’ai été très impressionné. C’est lui qui m’a initié, m’a appris à manier cet instrument », confie-t-il.
En une semaine d’apprentissage, Ndick a réussi à le surpasser. « C’était impressionnant, je maîtrisais parfaitement cet instrument auquel je n’avais jamais touché auparavant. C’était comme un don », se souvient-il. Élève brillant, le jeune Ndick était toujours premier de sa classe lors des compositions. Mais de retour à Fissel, Ndick était obnubilé par sa nouvelle passion et commençait à se désintéresser de ses études. « Aux examens du Cfee, il était le premier du centre Abdel Kader Lèye de Fissel.
À l’époque, il n’y avait pas beaucoup d’écoles dans la zone et les élèves venaient des villages environnants pour passer l’examen à Fissel. J’étais le premier du centre de la commune rurale sur plus de mille élèves. Malheureusement, j’avais échoué à l’entrée en sixième. Je voulais abandonner, mais mon père m’a forcé à reprendre les études », raconte-t-il. Cette passion pour le riti avait fini par prendre le dessus sur ses études. « J’ai définitivement mis une croix sur mes études après une année scolaire médiocre pour me consacrer à l’art, à ma passion », explique Ndick qui s’est trouvé une nouvelle vocation.
Un choix qu’il ne regrette pas puisqu’avec son riti, il a réussi à se faire un nom et à devenir un grand ambassadeur de la culture sérère. À ses débuts, Ndick Sène, qui jouait avec une certaine dextérité, assurait l’animation lors des funérailles, baptêmes, cérémonies de miss, d’initiation, de tatouage, des tours de famille, des Nguel. Ces différents évènements sociaux et autres soirées mondaines étaient de bonnes occasions pour les mélomanes d’assister aux performances du virtuose du riti en devenir. Au fil des années, le fils de Fissel parcourait villes et villages pour déclamer et chanter ses chansons traitant d’expériences quotidiennes, de relations humaines, d’évènements historiques.
Et s’est fait une renommée grâce à sa capacité à créer des chansons, à improviser et surtout à mettre de l’ambiance. Excellente dextérité Son premier cachet s’élevait à… 1.500 FCfa ; un montant jugé à l’époque très élevé par les organisateurs qui avaient juré de ne plus l’engager. Sa présence remarquée sur la scène musicale lui a valu d’être sollicité lors de divers évènements et d’être au summum de son art. Avec son riti, Ndick Sène s’adapte à toutes les musiques. « Je suis à l’aise dans le mbalax, le jazz ou encore le zouk. Avec mon instrument, je peux aussi accompagner la kora, le balafon, la guitare, le xalam », fait-il savoir.
Grâce à son talent, son savoir-faire et son expérience, Ndick Sène a intégré le Théâtre national Daniel Sorano. Artiste, compositeur et auteur, il a réussi à se tracer un chemin, avec son excellent doigté. Et de se faire une renommée. Au summum de son art, Ndick Sène sillonne, depuis plus de trois décennies, le Sénégal et a voyagé à l’étranger.
Ses rythmes endiablés et envoûtants ont traversé les frontières pour s’ancrer dans des pays comme l’Australie, Singapour, la Turquie, la Finlande où il est allé monnayer son talent et valoriser la culture sérère. Lors d’un concert en Australie, il a réussi à transformer sa prestation en une expérience mémorable. Il a embarqué l’assistance dans un voyage émotionnel profond. L’assistance en a eu pour son argent. Le nombreux public n’a pas réussi à maîtriser ses émotions face aux mélodies et rythmes distillés par le maestro venu de Fissel.
« Lors d’un concert en Australie, j’ai joué dans une salle comble. Ils ne comprenaient pas ce que je disais, mais ils sentaient ma musique. Ce jour-là, ils ont pleuré en m’écoutant. Certains étaient obligés de quitter la salle pour laisser exploser leur émotion. C’était puissant », se souvient l’artiste. Une prestation qu’il se rappellera toute sa vie. « C’était inoubliable ce que j’avais ressenti en Australie. J’avais fait plusieurs prestations au Sénégal où je suis né et j’ai grandi, mais je ne l’avais jamais ressenti », assure-t-il.
« À la fin du concert, tout le monde est venu vers moi pour me féliciter. C’était comme si j’avais marqué le but de la victoire en Can. J’ai alors compris que je leur avais fait plaisir et j’étais très fier de moi », avoue-t-il. Plus les années passent, plus les souvenirs de son idylle avec son instrument fétiche restent vivaces et empreints d’émotions. Toujours d’attaque et prêt à donner le meilleur de lui-même, Ndick Sène éprouve un grand plaisir de savoir que sa présence sur scène est attendue par le public. Ce qui, assure-t-il, le revigore et fait monter son adrénaline. « Seul Dieu sait combien la fierté qui m’anime est grande. C’est pourquoi je me surpasse toujours pour offrir des prestations à la hauteur des attentes », indique l’artiste dont le talent est connu et reconnu au niveau national et international.
Pour le pensionnaire du Théâtre national Daniel Sorano, il faut toujours se surpasser et croire à ce que l’on fait avant de vouloir le faire entrer dans le cœur des gens. « Les autres ont la guitare, le balafon, la kora ou le xalam, nous, nous avons notre riti et nous devons le valoriser comme il se doit. C’est un héritage qui ne doit pas se perdre. Nous avons fait de sa préservation notre principal défi », indique Ndick Sène qui a de beaux jours devant lui.
Valoriser le riti
Avec son groupe, Lam Art, il continue de sillonner les coins et recoins de sa contrée et du Sénégal pour faire plaisir à ses inconditionnels, aux populations. Ce samedi 20 juin, il organise une grande soirée au Théâtre national Daniel Sorano. « Cette soirée est placée sous le parrainage des jeunes fonctionnaires de Fissel Mbadane et de ses environs, avec comme invités le lutteur Ngagne Sène, Mbaye Ndiaye Kam Ndiik, Simon Sène, Marie Ngoné Ndione et tous les artistes de la localité », informe-t-il. Avec une énergie décuplée, l’icône du riti promet de mettre le feu à Sorano, avec des mélodies et des émotions fortes. Un rendez-vous à ne pas manquer pour les mélomanes et amateurs de musique sérère.
Aujourd’hui, avec des artistes comme Ndick Sène, le riti que l’on croyait tomber en désuétude continue de survivre et le mouvement ne semble pas s’essouffler. Le digne fils de Fissel et fervent ambassadeur de la culture sérère continue de perpétuer la tradition et de la faire entrer dans le cœur des gens.
Samba Oumar FALL
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