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Affaire ASER : Bachir Fofana réclame des comptes sur les 37 milliards de francs CFA et recadre le débat politique
Invité de l’émission phare « Jury du Dimanche », le journaliste et auteur Bachir Fofana est revenu en détail sur les zones d’ombre persistantes entourant le marché d’électrification rurale attribué à l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER). Un dossier sensible qui, selon son analyse, a progressivement quitté le terrain strictement technique pour se transformer en une bataille politique féroce.
Dans l’ouvrage qu’il a récemment consacré à cette affaire, Bachir Fofana affirme avoir mené des investigations approfondies pour comprendre comment plusieurs dizaines de milliards de francs CFA ont pu être décaissés par l’État alors que les résultats concrets tardent cruellement à se matérialiser sur le terrain.
Selon le journaliste, les alertes lancées depuis plusieurs mois par le député Thierno Alassane Sall ont souvent été minimisées, voire farouchement combattues par le pouvoir en place. L’auteur estime pourtant que les derniers développements textuels et contractuels donnent aujourd’hui raison au parlementaire sur la majorité des points soulevés depuis le déclenchement de cette affaire.
Il rappelle notamment que le Premier ministre Ousmane Sonko avait publiquement apporté son soutien politique au directeur général de l’ASER lorsque les premières critiques et soupçons de dysfonctionnements avaient émergé autour de ce mégaprojet d’électrification rurale.
Dans le même temps, les tensions se sont transportées à l’Assemblée nationale et sur les plateformes numériques, où le député de la majorité Guy Marius Sagna s’en est pris à plusieurs reprises et de manière virulente à Thierno Alassane Sall, l’accusant de mener une campagne de dénigrement contre les autorités. Pour Bachir Fofana, ces affrontements politiciens risquent malheureusement de masquer la seule question fondamentale : l’utilisation transparente et effective des deniers publics engagés dans ce projet d’envergure.
« On a présenté ce dossier aux Sénégalais comme une réussite totale. Pourtant, lorsqu’on confronte les déclarations officielles aux documents techniques et aux réalisations réelles observées sur le terrain, de nombreuses interrogations subsistent », soutient l’invité du dimanche.
L’auteur rappelle qu’une avance de démarrage estimée à environ 37 milliards de francs CFA a bel et bien été décaissée dans le cadre de ce projet. Selon les objectifs initiaux affichés par l’Agence, ces financements massifs devaient garantir l’électrification rapide de centaines de localités enclavées à travers le pays. Or, les résultats constatés s’avèrent à ce jour très éloignés des promesses contractuelles. Il cite notamment les engagements initiaux portant sur l’électrification complète de 600 villages, alors que les infrastructures effectivement fonctionnelles sur le terrain restent dérisoires.
Au-delà des polémiques de positionnement entre leaders politiques, Bachir Fofana réclame un recentrage urgent du débat autour des populations rurales. Derrière les milliards de francs CFA évoqués dans les salons dakarois, rappelle-t-il, se trouvent des familles vivant toujours dans la pénombre, des écoles où les élèves étudient dans des conditions précaires et des postes de santé confrontés à des pannes d’électricité handicapantes pour la prise en charge des malades.
« Les Sénégalais ont un droit absolu à des réponses claires », insiste le journaliste, qui appelle formellement les corps de contrôle de l’État et les autorités compétentes à faire toute la lumière sur les conditions d’exécution de ce marché public, la destination finale des fonds décaissés et les responsabilités pénales ou administratives des différents acteurs impliqués. Alors que les audits se poursuivent, l’affaire de l’ASER continue de fragiliser le discours sur la bonne gouvernance et d’alimenter les débats sur l’impartialité de la gestion des grands chantiers de l’État.
Yandé DIOP
Auteur: thiebeu NDIAYE
Publié le: Dimanche 14 Juin 2026
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