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Zoom sur les enjeux et perspectives de l’éducation scientifique et de la recherche au Sénégal
Accueilli pour la première fois au Sénégal, le Symposium africain sur les systèmes automatisés (AFCONS) a réuni à Mbour des chercheurs venus de plusieurs continents. Au-delà des avancées en robotique, intelligence artificielle et automatique, les intervenants ont lancé un appel à la mise en place d’une véritable politique scientifique. L’objectif, enrayer le désintérêt croissant des jeunes pour les mathématiques et faire de la recherche un levier de développement.
Du 14 au 16 juillet 2026, l’African Institute for Mathematical Sciences (AIMS Sénégal) a accueilli la première édition de l’African Control Systems Symposium (AFCONS), un rendez-vous international consacré aux systèmes automatisés, à la robotique et à l’intelligence artificielle. Plus d’informations sur le symposium sont disponibles sur le site officiel: https://www.insync-lab.org/afcons.
En marge des sessions scientifiques, un panel dédié à l’éducation scientifique et à la recherche s’est tenu à l’initiative du Chair du symposium, le professeur Diaraf Seck (Université Cheikh Anta Diop), et du Co-Chair, le professeur Daouda Niang Diatta (Université Assane Seck de Ziguinchor). Cette discussion a réuni plusieurs acteurs du monde académique et de l’enseignement supérieur autour des défis liés aux mathématiques, à la formation et à la recherche au Sénégal.
Les échanges de ce panel sont distincts du programme scientifique d’AFCONS, consacré à la présentation de travaux de recherche en automatique, robotique, intelligence artificielle et disciplines connexes.
Pendant trois jours, chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants et industriels venus d’Afrique, d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud ont débattu des dernières avancées scientifiques, mais également des défis auxquels fait face la recherche africaine.
Au cœur des débats, le recul des vocations scientifiques
Le constat est partagé : l’intérêt des jeunes pour les filières scientifiques, et en particulier pour les mathématiques, est en net recul. Pour David Célestin Faye, secrétaire général national du Syndicat autonome de l’enseignement supérieur (SAES), cette désaffection constitue une menace sérieuse pour l’avenir du pays.
« Nous avons de moins en moins de bacheliers scientifiques. Si cette tendance se poursuit, il manquera bientôt des enseignants de mathématiques, puis de physique, de sciences de la vie et de la Terre. C’est toute la chaîne scientifique qui risque d’être fragilisée », a-t-il alerté.
Selon lui, l’État doit définir une véritable stratégie nationale de recherche, en identifiant des priorités scientifiques en lien avec les besoins du Sénégal et en mobilisant davantage de ressources, notamment issues des revenus du pétrole, du gaz ou des télécommunications.
Le responsable syndical a également dénoncé l’instabilité dans la gouvernance de l’enseignement supérieur, rappelant que cinq ministres se sont succédé en quatre ans. Une situation qui, selon lui, freine la mise en œuvre des réformes.
Les mathématiques irriguent toute l’économie
Mamadou Mboup, Professeur à l’université de Reims Champagne-Ardennes et responsable adjoint du Département numérique et mathématiques de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) en France, a tenu à déconstruire une idée reçue.
« Les mathématiques ne disparaîtront jamais. Elles constituent le socle de toutes les disciplines scientifiques et de l’économie numérique », a-t-il expliqué.
Pour le chercheur, le principal défi n’est pas la discipline elle-même, mais l’image qu’elle renvoie auprès de la société. Il plaide pour une meilleure communication scientifique impliquant les médias, les artistes et les communicateurs afin de redonner aux sciences une place attractive auprès des jeunes.
Aïssa Wade, Professeure de mathématiques à la Pennsylvania State University, abonde dans le même sens. Pour elle, les mathématiques offrent aujourd’hui des perspectives professionnelles très diversifiées.
« Les mathématiques ouvrent les portes des banques, de l’entrepreneuriat, de l’intelligence artificielle, de la recherche ou encore de l’industrie. Elles permettent d’aller partout », a-t-elle insisté.
Pour la mathématicienne sénégalaise, l’Afrique ne pourra réussir son développement sans investir massivement dans les sciences fondamentales.
L’intelligence artificielle, un allié à apprivoiser
Les intervenants se sont accordés sur la nécessité de former à l’IA tout en gardant les fondamentaux mathématiques. L’IA ne doit pas être perçue comme une menace pour la discipline, mais comme un outil à maîtriser.
Réformer la recherche universitaire
Au-delà de la formation, plusieurs intervenants ont plaidé pour une profonde réforme du système de recherche au Sénégal.
Le professeur Moustapha Fall estime que les critères actuels privilégient davantage l’ancienneté et le volume des publications que leur impact scientifique.
Il recommande une évaluation davantage axée sur l’excellence internationale. Il propose également une réorganisation du système de recrutement des enseignants-chercheurs, notamment en fonction des grades: chaque poste ouvert devrait préciser le grade visé (assistant, maître-assistant, maître de conférences, professeur titulaire). « Il n’est en effet ni équitable ni cohérent qu’un jeune diplômé de Master, âgé de 25 ans, se retrouve en compétition, sur un même poste, avec son propre professeur titulaire de classe exceptionnelle fort de 30 ans d’expérience », a-t-il souligné.
Un rendez-vous appelé à s’installer
Porté par Insync Lab, avec le soutien de l’IEEE Control Systems Society, de la Fédération Internationale de l’Automatique (IFAC) et de la National Science Foundation (NSF), l’agence fédérale américaine de financement de la recherche scientifique, AFCONS ambitionne de devenir le principal forum africain consacré aux systèmes automatisés.
Après cette première édition organisée à Dakar, le flambeau sera transmis au Nigeria, qui accueillera la deuxième édition en 2028.

Au-delà des innovations présentées en robotique, intelligence artificielle ou automatisation, cette rencontre aura surtout permis de rappeler qu’aucune transformation numérique ou industrielle durable ne pourra se faire sans un investissement massif dans les mathématiques, la recherche et la formation des futures générations de scientifiques africains.
⚡ Résumé express
généré par IA, vérifié par la rédaction
– Le Symposium africain sur les systèmes automatisés (AFCONS) s’est tenu pour la première fois au Sénégal du 14 au 16 juillet 2026, réunissant des chercheurs de plusieurs continents pour débattre des avancées en robotique, intelligence artificielle et automatique.
– Les participants ont constaté un recul inquiétant de l’intérêt des jeunes pour les filières scientifiques, notamment les mathématiques, ce qui menace la chaîne de formation scientifique du pays et nécessite une véritable stratégie nationale de recherche.
– Des experts ont appelé à réformer le système de recherche universitaire en privilégiant l’excellence scientifique plutôt que l’ancienneté, et à améliorer l’image des mathématiques auprès de la société par une meilleure communication scientifique.
Auteur: Khady NDOYE
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