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« S’enraciner pour s’élever » : Abdoulaye Wade invite à réussir en s’inspirant de Cheikh Ahmadou Bamba
Parfois derrière des grands hommes, il y a des homonymes qui essayent de tracer leur voie. Abdoulaye Wade est l’un d’eux. Non, il ne s’agit pas du troisième président de la République du Sénégal mais d’un jeune journaliste sénégalais qui a notamment effectué un passage du côté de la BBC. Tout comme son illustre homonyme, le « Sopi de la presse » s’est lancé dans l’écriture en dévoilant, pour ses débuts, deux ouvrages. Contexte oblige, dans le cadre de la 132e édition du Magal de Touba, l’auteur nous présente son œuvre « S’enraciner pour s’élever : le développement personnel à l’école de Cheikh Ahmadou Bamba ». Fervent adepte de la confrérie mouride, il donne les recettes de l’épanouissement de soi à la sauce de son fondateur.
1. Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire S’enraciner pour s’élever ?
Ce livre est né d’un constat, ou alors d’une inquiétude. Nous vivons une époque où l’on parle énormément de réussite, mais très peu de construction intérieure. Je fréquente des librairies et les livres sur le développement personnel proposent des méthodes pour gagner du temps, développer son influence ou accroître sa productivité. Le paradoxe c’est que, jamais autant de jeunes n’ont exprimé autant de fatigue psychologique, de perte de sens et parfois même de désespoir. Les chiffres sur la santé mentale et l’augmentation des idées suicidaires chez les jeunes dans plusieurs régions du monde rappellent que la performance ne protège pas nécessairement du vide. C’est vrai que chez nous en Afrique, il y a moins d’études et donc moins de chiffre, mais c’est une réalité que beaucoup de jeunes ont le désespoir comme compagnie. Les conséquences peuvent être terribles.
Autre chose c’est que, en tant que journaliste, j’observe quotidiennement une société fascinée par le résultat. Les réseaux sociaux ont transformé la réussite en spectacle permanent. On voit le sommet, rarement la montagne. On célèbre les fortunes, mais on interroge peu le prix intérieur qu’elles ont parfois coûté.
Je me suis alors posé une question : pourquoi cherchons-nous si loin des réponses alors que notre propre patrimoine intellectuel, spirituel, culturel, contient une réflexion d’une extraordinaire modernité sur l’effort, la discipline, la maîtrise de soi et le sens du travail ?
C’est vrai que Cheikh Ahmadou Bamba n’a jamais écrit un manuel de développement personnel. Il a fait infiniment plus. Il a formé des hommes. Son œuvre enseigne qu’avant de bâtir une carrière, il faut bâtir un caractère ; qu’avant de transformer le monde, il faut apprendre à se gouverner soi-même.
Ce livre est donc une tentative de réconcilier deux univers que l’on oppose souvent à tort : la quête contemporaine d’accomplissement personnel et la sagesse spirituelle africaine. Je ne propose pas un retour vers le passé. Je propose de puiser dans nos racines pour mieux répondre aux défis du présent. Car on ne s’élève durablement que lorsqu’on sait d’où l’on vient.
2. Pourquoi avoir choisi de traiter le développement personnel à travers la pensée de Cheikh Ahmadou Bamba, plutôt que de vous appuyer sur les approches classiques du genre ?
La raison du choix de la pensée de Cheikh Ahmadou Bamba est partie de mes lectures et de ma petite expérience. J’ai lu de nombreux auteurs du développement personnel et j’y ai trouvé des outils précieux. C’est vrai… Toutes ces idées sont importantes. Mais les Africains ne devraient pas croire que les réponses à leurs défis ne peuvent venir que d’ailleurs. Le développement personnel est parfois présenté comme une industrie récente. En réalité, chaque grande civilisation a produit sa propre pédagogie de l’être humain. L’Afrique aussi.
Cheikh Ahmadou Bamba a développé une anthropologie de l’excellence bien avant que l’expression « développement personnel » ne devienne une catégorie éditoriale avec ces auteurs. Là où beaucoup de modèles contemporains demandent : « Comment réussir ? », Bamba commence par une interrogation plus fondamentale : « Quel homme faut-il devenir pour mériter cette réussite ? » C’est une question de posture.
La nuance est immense. Dans beaucoup d’approches modernes, la réussite est un objectif. Chez Cheikh Ahmadou Bamba, elle est une conséquence. La priorité n’est pas de conquérir le monde, mais de discipliner son âme ; non de courir après la reconnaissance, mais de devenir digne de la responsabilité. Je ne rejette donc pas les approches classiques. Je dialogue avec elles. Je montre simplement que notre patrimoine intellectuel a lui aussi des réponses puissantes, souvent plus adaptées à nos réalités culturelles, sociales et spirituelles. L’Afrique n’a pas seulement besoin d’importer des méthodes. Elle doit aussi réapprendre à relire ses propres maîtres. C’est un peu pourquoi on s’est inspiré du Cheikh.
3. Vous affirmez que la réussite ne se résume pas à la performance ou aux résultats. Quelle définition de la réussite proposez-vous dans votre ouvrage ?
Nous avons progressivement réduit la réussite à ce qui se voit : un salaire, une maison, une voiture, un nombre d’abonnés ou une visibilité publique… C’est une définition très fragile, parce qu’elle dépend constamment du regard des autres ce qu’on appelle « la validation sociale ».
Je propose une définition plus exigeante. Réussir, ce n’est pas seulement atteindre un objectif. C’est devenir la personne capable de le porter sans se perdre. Autrement dit, la réussite est moins un événement qu’une transformation. C’est pourquoi d’ailleurs je dis souvent que mon livre est plus un livre de transformation que de motivation.
Un homme peut gagner énormément d’argent et perdre sa paix intérieure. L’être humain peut devenir célèbre tout en étant prisonnier du regard du public. Il peut gravir tous les échelons et ne plus savoir pourquoi il les gravit. Cheikh Ahmadou Bamba nous a la solution à ces difficultés là. On comprend sous son ail, que la première victoire est toujours intérieure. Celui qui ne gouverne pas ses passions finira tôt ou tard gouverné par elles. Je crois que notre époque souffre moins d’un manque d’ambition que d’un déficit d’intériorité. Nous avons appris à développer des compétences, mais beaucoup moins à développer une conscience. La qu’on propose est donc une réussite qui fait coïncider trois dimensions : ce que l’on accomplit, ce que l’on devient et ce que l’on apporte aux autres.
Une réussite qui n’élève que son propriétaire n’est qu’un succès privé. Une réussite qui élève aussi les autres devient une oeuvre. Entre les deux, le choix est vite fait pour une personne intelligente.


4. Selon vous, quels sont aujourd’hui les principaux pièges des discours contemporains sur le développement personnel ?
J’en parle dans la première partie du livre justement. Si on prend l’Afrique, on dirait que l’espoir y est un marché. La pauvreté et la précarité font que le développement personnel est présenté comme une solution. Le jeune qui met les « recettes » proposées en pratique et qui n’y voit pas de résultats, est vite découragé. Je crois que l’un des pièges, c’est aussi d’avoir transformé ler développement personnel en une obsession de l’optimisation. Nous voulons tout optimiser : notre temps, notre sommeil, notre alimentation, notre image, nos relations… À force de vouloir devenir plus performants, nous oublions parfois de devenir plus humains. On est d’abord humain avant de devenir le meilleur entrepreneur, le meilleur étudiant, le meilleur…
Autre piège, c’est la promesse des raccourcis. Notre époque adore les recettes : cinq habitudes pour …, sept secrets … , dix étapes pour changer de vie… Les plus grandes transformations ne tiennent presque jamais dans une liste. Elles demandent du temps, de la répétition et parfois de la souffrance. Il n’existe pas d’ascenseur vers l’excellence ; il n’y a que des escaliers. Enfin, je me méfie d’un développement personnel qui ne parle que de soi. Il nous apprend parfois à gagner davantage, mais rarement à servir davantage. Chez Cheikh Ahmadou Bamba, le progrès individuel n’a de sens que s’il profite à la communauté. L’accomplissement personnel n’est jamais une aventure solitaire.
5. Votre livre met en avant des valeurs comme la discipline, la persévérance, le détachement et le sens. Laquelle vous paraît la plus difficile à vivre au quotidien, notamment pour les jeunes ?
Je dirais le détachement. Nous vivons dans une économie de l’attention où tout est conçu pour capter notre regard, provoquer notre réaction et mesurer notre valeur à travers des chiffres : vues, abonnés, mentions « J’aime », commentaires. Dans ce contexte, il devient extrêmement difficile de faire les choses pour leur valeur intrinsèque plutôt que pour leur visibilité. Le détachement ne consiste pas à renoncer à l’ambition. Il consiste à ne pas devenir dépendant de l’approbation des autres.
Cheikh Ahmadou Bamba enseigne que l’on doit agir avec excellence, mais sans devenir prisonnier des récompenses même dans les actes d’adoration. C’est une idée d’une modernité étonnante. Beaucoup de jeunes souffrent aujourd’hui moins d’un manque de talent que d’une comparaison permanente. Ils regardent la réussite des autres en oubliant que les réseaux sociaux montrent des résultats, jamais les renoncements, les échecs ou les longues années de préparation. Le détachement, c’est retrouver la liberté intérieure de continuer à avancer, même lorsque personne n’applaudit.
6. Vous évoquez un développement personnel enraciné dans les réalités africaines. En quoi cette approche se distingue-t-elle des modèles les plus populaires venus d’ailleurs ?
Je refuse l’idée selon laquelle l’Afrique serait condamnée à importer toutes les grilles de lecture de l’épanouissement humain. Les modèles les plus connus sont souvent nés dans des sociétés très individualistes. Ils répondent à des contextes particuliers. Les nôtres sont différents. En Afrique, l’individu n’existe jamais complètement seul. Il appartient à une famille, à une communauté, à une histoire, à une mémoire.
Notre développement personnel ne peut donc pas être une simple quête de réussite individuelle. Il doit aussi intégrer la responsabilité, la transmission et le service. C’est là que la pensée de Cheikh Ahmadou Bamba apporte quelque chose d’unique : elle montre que l’élévation personnelle n’est jamais séparée de l’utilité sociale.
7. En tant que journaliste, est-ce que votre métier a-t-il influencé votre réflexion et votre manière d’écrire cet ouvrage ?
Énormément… Le journalisme m’a appris à me méfier des certitudes faciles. Chaque jour, je rencontre des personnes brillantes qui traversent des épreuves sans le dire. J’ai couvert des histoires de conflits, de migrations, de pauvreté, mais aussi de résilience extraordinaire. Cela m’a convaincu que la réussite ne se lit jamais sur une photographie.
Le journalisme m’a également appris à observer les tendances de notre époque. Je vois une jeunesse qui dispose d’un accès inédit à la connaissance, mais qui souffre souvent d’une saturation d’informations. Nous savons beaucoup de choses, mais nous peinons parfois à leur donner un sens. J’ai donc écrit ce livre comme un journaliste aussi.. en partant des faits, des réalités vécues, des questions que les jeunes se posent réellement. Je voulais éviter les grandes abstractions. Une idée n’a de valeur que lorsqu’elle peut transformer une existence.
8. Votre livre s’adresse particulièrement aux jeunes. Quel message souhaitez-vous transmettre à une génération confrontée à la pression de la réussite rapide et de la visibilité sur les réseaux sociaux ?
Je voudrais leur dire une chose : ne confondez jamais vitesse et direction. Nous appartenons à une époque qui célèbre ceux qui vont vite. Mais l’Histoire retient surtout ceux qui savent où ils vont. Les réseaux sociaux nous donnent parfois l’impression que tout le monde réussit avant trente ans. C’est une illusion statistique… Nous voyons quelques trajectoires exceptionnelles et nous les prenons pour la norme.
Or, la vie ne se construit pas en une vidéo de trente secondes. Absolument pas. Cheikh Ahmadou Bamba nous enseigne une autre temporalité : celle de la patience active. Attendre ne signifie pas rester immobile. Cela signifie continuer à travailler quand les résultats tardent à venir. C’est le sens de la dernière partie du livre.
Je voudrais dire aux jeunes qu’ils n’ont pas besoin d’être célèbres pour être utiles, ni visibles pour être précieux. Les racines poussent dans l’obscurité. Pourtant, ce sont elles qui permettent aux arbres de résister.
9. Pensez-vous que la spiritualité peut constituer un levier de développement personnel, y compris pour des lecteurs qui ne partagent pas les mêmes convictions religieuses ?
Oui absolument. C’est un point très important pour moi. Parce que la spiritualité, avant d’être une appartenance religieuse, est une école de profondeur. Elle nous oblige à poser des questions que la performance évite souvent : pourquoi est-ce que je poursuis cet objectif ? Que vais-je faire de cette réussite ? Quel homme suis-je en train de devenir ?
Même un lecteur qui ne partage pas les convictions religieuses de Cheikh Ahmadou Bamba peut être inspiré par son rapport au travail, à la discipline, à la dignité, à la maîtrise de soi ou à la persévérance. Les grandes figures spirituelles parlent souvent au-delà de leur communauté. On connait Gandhi, Nelson Mandela… Martin Luther King qui continuent d’inspirer des millions de personnes qui ne partagent pas forcément leurs croyances. Je pense qu’il en est de même pour Cheikh Ahmadou Bamba. Son héritage dépasse le cadre confessionnel parce qu’il touche à une question universelle.
10. Si un lecteur ne devait retenir qu’une seule leçon de S’enraciner pour s’élever, laquelle aimeriez-vous qu’il garde en mémoire ?
J’aimerais qu’il retienne que les racines ne sont pas le contraire de l’élévation ; elles en sont la condition. Notre époque nous pousse souvent à croire qu’il faut rompre avec le passé pour être moderne. Je pense exactement l’inverse. Un arbre ne grandit pas malgré ses racines. Il grandit grâce à elles. Les peuples aussi. Les individus également.
Je voudrais que chacun comprenne que l’on peut dialoguer avec le monde sans cesser d’être soi. L’ouverture n’exige pas l’effacement de son identité. Au contraire, plus on est enraciné, plus on peut s’ouvrir sereinement aux autres.
11. Après avoir refermé votre livre, quel premier changement concret espérez-vous voir apparaître dans la vie de vos lecteurs ?
Je n’espère pas qu’ils changent de vie en une nuit… Honnêtement. Je me méfie des transformations spectaculaires. C’est vrai, je crois pas avoir proposé un livre de transformation plutôt que de motivation comme je l’ai dit. Mais, j’aimerais surtout qu’ils changent de regard. Qu’avant de demander : Comment puis-je réussir ?, ils prennent désormais l’habitude de se demander : Qui suis-je en train de devenir ? Cette seule question peut transformer une existence.
Si un jeune décide, après cette lecture, de travailler avec plus de discipline, de résister davantage aux raccourcis, de retrouver le goût de l’effort, de servir sa communauté plutôt que de chercher uniquement à impressionner, alors ce livre aura atteint son objectif. Je ne cherche pas à fabriquer des personnes plus ambitieuses. Je souhaite contribuer, modestement, à former des personnes plus solides. Car lorsque les difficultés arrivent, et elles arrivent toujours, ce ne sont pas les plus rapides qui tiennent debout, mais ceux qui ont construit des fondations. Dans mon livre je le dis, si ces pages aident à avancer sans s’égarer, elles auront rempli leur office.
⚡ Résumé express
généré par IA, vérifié par la rédaction
– Abdoulaye Wade, jeune journaliste sénégalais, publie son premier ouvrage « S’enraciner pour s’élever : le développement personnel à l’école de Cheikh Ahmadou Bamba » à l’occasion du 132e Magal de Touba.
– L’auteur critique les approches modernes de développement personnel, centrées sur la performance, et propose de puiser dans la sagesse de Cheikh Ahmadou Bamba pour bâtir un caractère avant de bâtir une carrière.
– Il définit la réussite comme une transformation intérieure, où la première victoire est de se gouverner soi-même, plutôt que d’atteindre des objectifs visibles ou une validation sociale.
Auteur: Moustapha Toumbou
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