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Affaire Maciré Sylla et Précarité des artistes: La vérité choc de Saran Cissoko sur l’argent volé ou bloqué des légendes de la musique !
Les légendes africaines sont trop souvent confrontées à de lourdes difficultés financières une fois arrivées à la retraite. Un phénomène très récurrent en Afrique de l’Ouest, où une grande partie de ses ténors se retrouve dans une précarité inquiétante due à de multiples facteurs bien palpables.
Dans ce sillage, et à la lumière de la récente affaire concernant la Diva Maciré Sylla, Saran Cissoko — consultante en direction artistique, spécialiste de la gestion des droits et revenus des artistes, et PDG de Kumbati — décortique la situation et propose des pistes de réflexion pour faire face à ce fléau.
Lorsqu’un artiste, fort de plusieurs décennies de carrière, se retrouve en difficulté financière, sommes-nous en mesure de savoir ce que ses créations ont rapporté, qui a perçu ces sommes et si l’intégralité de ses droits lui a bien été reversée ?
Cette question ne concerne pas uniquement les artistes en fin de carrière. Elle est tout aussi valable pour la nouvelle génération de talents qui cumulent aujourd’hui vues, streams et concerts guichets fermés, mais qui pourtant, à y regarder de près, ne touchent que très peu, voire rien, de ce que leur musique génère réellement.
Le succès d’écoute et le succès économique sont deux choses bien distinctes, et le fossé entre les deux traverse toutes les générations : d’un côté, des catalogues anciens mal suivis ; de l’autre, des titres viraux dont les métadonnées n’ont jamais été correctement renseignées.
Une carrière ne génère pas uniquement des cachets. Selon son rôle — auteur, compositeur, interprète, producteur ou titulaire d’autres droits —, un artiste perçoit des revenus issus de multiples sources : droits d’auteur, droits voisins, exploitation d’enregistrements, distribution numérique et licences.
L’OMPI (Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle) le rappelle : la gestion individuelle de ces droits est souvent impossible, car un auteur ne peut pas négocier avec chaque radio qui diffuse sa musique. C’est le rôle des organismes de gestion collective de suivre ces usages, de négocier, de collecter et de répartir les redevances. La question à poser à un artiste en difficulté n’est donc pas seulement : « Comment l’aider ? », mais aussi : « Avons-nous vérifié tout ce qui lui est déjà dû ? »
Un parcours du combattant pour récupérer son propre argent !
Retracer d’anciennes exploitations tourne vite au parcours du combattant : adresses invalides, contrats introuvables, sociétés ayant changé de structure. Sur le terrain, cela prend une forme très concrète : un distributeur qui ne transmet plus de relevés, des versements interrompus derrière des excuses de « problèmes techniques » jamais résolus, ou des interlocuteurs qui finissent par devenir totalement injoignables.
Ce ne sont pas des cas isolés : ce sont des schémas récurrents, catalogue après catalogue. Il faut aussi parler des contrats : certains accords avec des producteurs ou éditeurs sont rédigés de façon suffisamment complexe pour que l’artiste n’en mesure les réelles implications que des années plus tard. Ce n’est pas systématique, mais c’est un risque bien réel lorsque l’artiste signe seul son premier contrat ou qu’il découvre, des années après, ce qu’il n’a jamais vérifié.
Dans mes travaux actuels sur les catalogues de plusieurs artistes africains confirmés, je mesure quotidiennement cette difficulté à retracer une chaîne administrative ancienne. Sans tirer de conclusions hâtives sur les responsabilités, une conviction s’impose : il est bien plus ardu de recouvrer des revenus après plusieurs années que d’en assurer le suivi rigoureux dès le départ.
Transparence attendue, responsabilité partagée
Les intermédiaires — producteurs, distributeurs, éditeurs — jouent un rôle essentiel et ne sont pas les adversaires des artistes. Mais tout acteur participant à l’exploitation d’une œuvre doit pouvoir rendre des comptes sur son activité : qui exploite, pour quelle durée, sur quels territoires et selon quelles conditions financières.
L’OMPI souligne d’ailleurs qu’en Afrique, de nombreux litiges persistent entre artistes et producteurs, et elle accompagne plusieurs institutions dans la mise en place de mécanismes de médiation adaptés.
Les sociétés de gestion collective ont, elles aussi, un rôle charnière : identifier précisément les œuvres et leurs ayants droit, collecter et répartir les redevances. L’enjeu est loin d’être marginal : selon le Rapport des collectes mondiales 2025 de la CISAC, 13,97 milliards d’euros ont été reversés aux créateurs dans le monde en 2024, dont 90 millions d’euros en Afrique (+14,2 %).
Les flux financiers sont donc réels ; notre mission est de garantir aux créateurs, débutants comme confirmés, une pleine transparence sur ce qui leur revient.
Mais il serait trop simple de tout faire reposer sur les seuls intermédiaires. Les artistes et leurs managers ont également leur part de responsabilité : un contrat signé puis oublié, une œuvre publiée sans métadonnées renseignées, un manager remplacé sans transfert d’accès, des relevés jamais réclamés… dix ans plus tard, tout reste à reconstituer.
Le métier de manager doit évoluer : il ne suffit plus de négocier un cachet, il faut savoir organiser — ou déléguer — le suivi des contrats, des droits et des flux financiers. S’instruire sur ses propres droits et s’entourer de professionnels compétents n’est plus une option.
Avant de donner, cherchons ce qui est dû !
La solidarité reste nécessaire face à une urgence ; elle ne doit toutefois pas se substituer à la protection juridique et financière des droits. Le vrai problème est structurel : des intermédiaires identifiables sur le papier, mais introuvables en pratique — de véritables « distributeurs fantômes », présents dans les contrats mais absents lorsqu’il s’agit de rendre des comptes.

Avant de se demander quelle aide apporter à un artiste confirmé, ou avant de célébrer le succès viral d’un jeune talent sans se demander ce qu’il en retire vraiment, il faudrait pouvoir établir un vrai diagnostic patrimonial : quelles œuvres, quels droits, quels exploitants actifs, et quelles sommes potentiellement bloquées.
Il faut apprendre à nos artistes à pêcher plutôt que d’attendre qu’ils aient faim pour leur donner du poisson. Cela suppose une chaîne transparente et accessible réunissant artistes, managers, producteurs, distributeurs, organismes de gestion collective, juristes et pouvoirs publics, pour que le travail de chaque artiste, hier comme aujourd’hui, continue de lui générer ce qui lui est légitimement dû.
Les pistes de référence :
. OMPI, Gestion collective du droit d’auteur et des droits connexes
. OMPI, WIPO ADR for Digital Copyright and Content Disputes
. OMPI, Alternative Dispute Resolution – A Game-Changer for Copyright and Entertainment Disputes in Africa
. CISAC, Global Collections Report 2025
Propos recueillis par Alioune Badara MANÉ
Auteur: Alioune Badara MANE
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