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D’origine béninoise, le journaliste Francis Kpatindé, également enseignant à Sciences Po Paris, revient, dans cet entretien, sur l’élection de Romuald Wadagni comme président de la République ainsi que les défis de la démocratie au Bénin.
Lors d’une interview avec « Le Soleil », en septembre 2025, vous disiez que la décision du président Talon de porter son choix sur Romuald Wadagni procédait à la fois d’un impératif politique et d’une quête d’efficacité. Comment voyez-vous la présidence du successeur de Patrice Talon ?
Élu avec une large majorité au premier tour du scrutin du 12 avril, Romuald Wadagni sera investi, le 24 mai, comme cinquième président du Bénin depuis la Conférence nationale de février 1990. Il succèdera à son mentor, Patrice Talon, dont il a été un très efficace ministre de l’Économie et des Finances pendant 10 ans. À 49 ans (il en aura 50 en juin), Wadagni deviendra le premier président béninois né après l’indépendance du Dahomey, devenu plus tard le Bénin. C’est aussi le tout premier chef de l’État béninois originaire du Mono, une région du sud-ouest frontalière avec le Togo. Passé par l’école Talon, nul doute qu’il emboîtera le pas à ce dernier, notamment en matière de rigueur économique et fiscale, d’érection d’infrastructures au nom du vieux précepte selon lequel quand le bâtiment va, tout va. Il poursuivra, à n’en pas douter, le processus de modernisation de l’administration tout en apportant progressivement sa propre touche, ses propres idées. Il dispose d’un septennat pour continuer à réformer le Bénin, le mandat électif étant passé de cinq à sept ans, renouvelable une fois. Ses adversaires l’attendent au carrefour des premières mesures qu’il prendra en matière d’élargissement des libertés publiques et du respect des droits humains.
La démocratie béninoise semble s’enraciner dans une zone ouest-africaine en proie au putschisme et aux mandats illimités. Que faudrait-il faire pour que la démocratie béninoise soit optimale ?
Il faut corriger les dysfonctionnements observés dans le passé, élargir les libertés individuelles et collectives, dépénaliser intégralement les infractions pour les vrais journalistes titulaires d’une carte de presse, faciliter le retour des exilés tout en invitant ou en éduquant les citoyens au respect du Droit. Les changements à la tête de l’État et les alternances sont généralement propices aux ajustements. Relever la qualité de l’Éducation nationale pourrait aussi être d’un grand concours, surtout à un moment où les imposteurs, les flibustiers et autres experts autoproclamés prolifèrent sur les réseaux sociaux, mais aussi dans la sphère publique.
Le plus important parti d’opposition, Les Démocrates, n’a pas pu présenter de candidat faute de parrainages suffisants. Cela ne nuit-il pas à l’image de la démocratie béninoise ?
Forcément, cela écorne le modèle démocratique béninois ! Les Démocrates auraient dû figurer sur la ligne de départ. L’histoire nous dira si cette absence a été provoquée par leurs adversaires ou si elle tient au mode de fonctionnement interne, aux atermoiements et aux langueurs de ce parti, ou si elle procède d’une combinaison de ces deux facteurs.
Après deux mandats, Patrice Talon passe la main avec un bilan économique prometteur. Mais, les critiques ne manquent pas sur les questions de liberté d’expression et d’opinion. Laisse-t-il une image lisse ?
En dépit de ces critiques, pour certaines compréhensibles, Patrice Talon restera dans l’histoire comme l’un des plus grands réformateurs depuis l’indépendance. Avec les moyens de bord, il a mis un pays sans grandes richesses du sous-sol en haut de l’affiche avec, par temps de crise, un taux de croissance frisant les 8 % et un arrimage à l’agenda culturel mondial. Et quoi que disent ses contempteurs, il aura respecté son engagement à quitter le palais de la Marina au terme de ses deux mandats constitutionnels. Qu’il siège au Sénat, au même titre que les anciens chefs (Nicéphore Soglo et Boni Yayi), les anciens présidents d’institutions et les ex-chefs d’état-major de l’armée béninoise, est une tout autre histoire que de rester à la tête de l’exécutif !
Entretien réalisé par Oumar NDIAYE
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