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« Pourquoi personne n’a été arrêté ? » : Thierno Alassane Sall demande des comptes au gouvernement sur l’affaire AEE Power
Au-delà des flux financiers qu’il estime désormais documentés, Thierno Alassane Sall a directement mis en cause les autorités sénégalaises pour leur gestion du dossier des 37 milliards de francs CFA destinés à l’électrification de 1 600 villages. Face à la presse ce vendredi 12 juin 2026, le député a dénoncé ce qu’il considère comme une succession de tentatives visant à minimiser ou masquer l’ampleur de l’affaire. Selon lui, alors que le projet peinait à se concrétiser sur le terrain, les responsables de l’époque ont multiplié les opérations de communication pour donner l’impression que les travaux avançaient normalement. « Des tournées ont été organisées à l’intérieur du pays pour faire croire à une mise en œuvre effective du projet alors qu’en réalité il n’avait pratiquement pas démarré », a-t-il affirmé.
L’ancien ministre de l’Énergie a particulièrement ciblé l’ancien Premier ministre, rappelant que celui-ci avait publiquement rejeté l’existence d’un quelconque scandale avant d’évoquer par la suite de simples difficultés douanières. Thierno Alassane Sall cite notamment le communiqué du Conseil des ministres du 11 mars 2026, dans lequel les retards du projet étaient officiellement attribués à des obstacles administratifs et douaniers. « Après près de deux ans, on essayait encore de faire croire à l’opinion qu’il ne s’agissait que de retards techniques alors qu’aucun matériel n’était arrivé au Sénégal », a-t-il soutenu. Le député s’est également interrogé sur le rôle de certains responsables gouvernementaux qui, selon lui, disposaient d’informations suffisantes pour agir beaucoup plus tôt.
« Pourquoi personne n’est inquiété ? »
L’une des principales interrogations soulevées par le président de la République des Valeurs concerne l’absence, à ce stade, de mesures coercitives contre les personnes susceptibles d’être impliquées dans cette affaire. « Des montants considérables ont circulé à travers des flux financiers opaques. Pourtant, personne n’a été arrêté, personne n’a été interpellé », a-t-il déclaré avec gravité. Le parlementaire s’interroge également sur d’éventuels mécanismes ayant pu permettre de protéger certains acteurs du dossier. Sans avancer de preuve définitive, il estime que les enquêteurs devront impérativement déterminer si certains mouvements financiers pouvaient avoir pour objectif d’assurer le silence ou la complaisance de personnes ayant accompagné le projet.
La justice espagnole érigée en modèle
Thierno Alassane Sall a surtout insisté sur ce qu’il considère comme le contraste saisissant entre les réactions des juridictions espagnoles et sénégalaises. Selon lui, il aura fallu l’ouverture d’une procédure en Espagne pour obtenir enfin des informations précises sur les mouvements bancaires liés au projet. « Trois mois après la saisine de la justice espagnole, nous avons obtenu davantage d’informations que ce qui nous avait été communiqué au Sénégal », a-t-il affirmé devant les professionnels des médias.
Pour le leader de l’opposition, cette situation soulève une question fondamentale de souveraineté judiciaire. « L’argent appartient aux Sénégalais. Les faits se sont déroulés au Sénégal. Pourtant, c’est grâce à la justice espagnole que nous découvrons aujourd’hui ce qui s’est passé », a-t-il regretté. En conclusion, Thierno Alassane Sall a lancé un appel pressant au Pôle judiciaire financier pour qu’il accélère les investigations nationales afin que toutes les responsabilités pénales soient établies dans ce qu’il qualifie de plus grand scandale financier lié à l’électrification rurale.
Auteur: Yandé DIOP
Publié le: Vendredi 12 Juin 2026
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