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Journée mondiale sans tabac 2026 : Le coût économique du tabagisme au Sénégal estimé à 98 milliards de FCFA par an
À l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, célébrée chaque année le 31 mai, la Ligue Sénégalaise contre le Tabac (LISTAB) a lancé un appel pressant aux autorités sénégalaises pour renforcer la protection des populations, notamment des jeunes, face à la menace croissante du tabac et des nouveaux produits nicotiniques. Placée sous le thème « Démasquer l’attrait – lutter contre la dépendance à la nicotine et au tabac », cette édition 2026 met en lumière les stratégies marketing déployées par l’industrie du tabac pour séduire de nouveaux consommateurs, en particulier les adolescents. Emballages attractifs, arômes sucrés, publicité numérique et banalisation de produits tels que les cigarettes électroniques, les puffs, le tabac chauffé ou encore la chicha sont pointés du doigt.
Plus de 4 500 décès par an au Sénégal
Selon les données citées par la LISTAB, le tabagisme continue de provoquer chaque année plus de 4 500 décès au Sénégal. Derrière ce lourd bilan se trouvent des maladies cardiovasculaires, des cancers, des accidents vasculaires cérébraux et des affections respiratoires chroniques qui pèsent fortement sur les familles et le système de santé. Les résultats de l’enquête mondiale sur le tabagisme chez les adultes (GATS 2023) montrent certes une baisse de la prévalence du tabagisme, passée de 6 % en 2015 à 4,4 % en 2023. Une évolution encourageante, mais qui ne doit pas occulter les défis persistants. Pour la LISTAB, l’exposition des jeunes aux nouveaux produits nicotiniques, la faiblesse des contrôles, l’application insuffisante de la législation et les interférences de l’industrie du tabac constituent autant de menaces qui fragilisent les acquis enregistrés ces dernières années.
L’absence d’un centre national de sevrage dénoncée
L’organisation s’inquiète particulièrement du fait que le Sénégal ne dispose toujours pas d’un centre national de référence dédié au sevrage tabagique. Une situation jugée paradoxale alors que des milliers de personnes souffrent de dépendance à la nicotine. Dans le même temps, les cigarettes électroniques, les puffs, les produits de tabac chauffé et la chicha gagnent du terrain sur le marché national, souvent dans un vide réglementaire qui favorise leur expansion. « Cette absence de réponse forte de l’État favorise l’expansion de l’industrie du tabac et compromet gravement la santé publique », estime la LISTAB, qui juge que l’inertie actuelle n’est plus acceptable au regard des conséquences sanitaires, sociales et économiques du tabagisme.
Une loi jugée dépassée face aux nouveaux produits
Si la loi antitabac adoptée en 2014 a permis des avancées importantes, notamment avec les avertissements sanitaires sur les paquets de cigarettes, les restrictions publicitaires et l’interdiction de fumer dans certains lieux publics, elle apparaît aujourd’hui insuffisante pour faire face aux nouveaux produits nicotiniques. La LISTAB regrette également que le projet de loi révisée, introduit depuis novembre 2023 afin de combler ces lacunes, ne soit toujours pas inscrit à l’ordre du jour du Conseil des ministres. L’organisation appelle les autorités à accélérer son adoption afin de mieux protéger les populations, particulièrement les jeunes, qui demeurent les principales cibles des fabricants de produits du tabac.
Le Sénégal risque de perdre son statut de référence régionale
Longtemps considéré comme un pays pionnier dans la lutte antitabac en Afrique de l’Ouest, le Sénégal voit aujourd’hui plusieurs de ses voisins prendre de l’avance. La LISTAB cite notamment la Côte d’Ivoire, la Gambie, la Mauritanie et le Ghana, qui ont renforcé leurs dispositifs de financement, de fiscalité et de réglementation des nouveaux produits du tabac. Cette situation inquiète les acteurs de la lutte antitabac qui craignent un recul du leadership sénégalais dans ce domaine.
La LISTAB réclame un Fonds d’Appui à la Lutte Antitabac
Au cœur de son plaidoyer figure la création d’un Fonds d’Appui à la Lutte Antitabac (FALA), financé par une taxe parafiscale dédiée. Selon l’organisation, alors que les coûts liés aux maladies provoquées par le tabac dépasseraient 98 milliards de francs CFA par an, les ressources consacrées à la prévention, au contrôle et à la prise en charge des victimes restent largement insuffisantes. La LISTAB rappelle qu’une hausse significative de la fiscalité sur le tabac pourrait générer près de 100 milliards de francs CFA de recettes supplémentaires pour l’État. Une partie de ces revenus devrait, selon elle, être réinvestie dans la protection des populations. Le futur fonds permettrait notamment de financer les campagnes de sensibilisation, le contrôle de l’application de la loi, la prise en charge des maladies liées au tabac, la création de centres de sevrage tabagique et la protection des jeunes contre les stratégies commerciales de l’industrie.
Un appel à une mobilisation nationale
À l’occasion de cette Journée mondiale sans tabac 2026, la LISTAB interpelle directement le Président de la République, le Gouvernement, les députés, les collectivités territoriales, les organisations de la société civile et les médias. L’organisation demande l’adoption rapide de la loi révisée sur le tabac, l’interdiction immédiate des nouveaux produits nicotiniques et la mise en place effective du Fonds d’Appui à la Lutte Antitabac. « Les revenus tirés du tabac doivent enfin servir à protéger les Sénégalais plutôt qu’à accompagner passivement l’expansion de cette épidémie », soutient la LISTAB, qui conclut son message par un appel à « démasquer l’attrait de l’industrie du tabac » afin de préserver les générations présentes et futures.
Auteur: Yandé Diop
Publié le: Dimanche 31 Mai 2026
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