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Le marché continental africain : Un levier de valorisation de la jeunesse africaine (Par Michel Simel BASSE)
La véritable richesse du marché continental africain ne réside pas seulement dans l’augmentation des échanges entre Etats africains, mais dans sa capacité à créer un espace où la jeunesse africaine peut transformer son capital humain en valeur économique, sociale et continentale.
À l’origine de cette réflexion se trouve la rencontre de deux centres d’intérêt.
Le premier est constitué par des travaux menés dans le cadre professionnel sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Le second est un phénomène qui ne peut laisser indifférent : celui de l’immigration de nombreux jeunes Africains, souvent par des voies difficiles, dangereuses et parfois cruelles.
Cette immigration massive est à l’origine de drames humains, de déchirures sociales et familiales, ainsi que de souffrances individuelles et collectives. Elle constitue, à bien des égards, une interpellation majeure pour le continent.
Les travaux auxquels nous faisons référence portent précisément sur la mise en œuvre de la ZLECAf. Ils nous conduisent, dans une perspective de contribution doctrinale, à soutenir l’idée que cette mise en œuvre pourrait révéler l’émergence d’une véritable branche du droit : le droit du marché continental africain.
L’Accord portant création de la ZLECAf constitue aujourd’hui l’un des projets juridiques et économiques les plus ambitieux du continent africain. Son ambition est clairement de mettre en place un cadre de règles destiné notamment à régir le commerce des marchandises et des services, la concurrence, les investissements et la propriété intellectuelle, tout en apportant une réponse à la multiplicité des régimes commerciaux qui caractérisent encore le continent. La ZLECAf doit ainsi contribuer à stimuler le commerce intra-africain et à favoriser l’intégration économique par la transformation structurelle des économies, le développement, la sécurité alimentaire et l’industrialisation.
De ce point de vue, elle constitue un projet qui dépasse largement le seul intérêt des juristes. Car avant le droit, il y a eu une volonté politique ; cette volonté a produit des instruments juridiques, lesquels ont vocation à encadrer et à sécuriser la réalité économique d’un marché continental en construction.
L’Accord crée ainsi un marché continental africain.
Or, qu’est-ce qu’un marché ?
On peut le définir comme un espace au sein duquel se rencontrent une offre et une demande en vue de réaliser des échanges de biens, de services, de capitaux ou de droits, selon des règles déterminées. Cette définition est volontairement large : un marché n’est pas nécessairement un lieu géographique. Il est avant tout un espace d’échanges et de création de valeur.
La ZLECAf constitue l’instrument central de l’intégration économique africaine envisagée par le Traité d’Abuja. Elle s’appuie progressivement sur un ordre juridique structuré autour d’institutions dédiées, de protocoles, d’annexes techniques et d’un mécanisme de règlement des différends. L’ensemble vise à assurer la sécurité juridique, l’application des règles et l’effectivité des engagements pris par les États parties.
Cette ambition est considérable.
Mais, aussi prometteuse soit-elle sur le papier, elle se confronte à une réalité humaine qu’il serait difficile d’ignorer : le désespoir d’une partie de la jeunesse africaine et son manque de perspectives. Une jeunesse qui, trop souvent, a le sentiment de ne pas être suffisamment concernée par les politiques publiques nationales, communautaires ou continentales.
Pourtant, le continent africain dispose d’un potentiel considérable. Mais ce potentiel ne produit pas encore suffisamment de valeur au bénéfice de sa propre population.
Parmi les nombreux obstacles qui expliquent cette situation figure précisément le déficit de création et de distribution de valeur.
Depuis les années 2000, l’un des symptômes les plus visibles de ce déficit est l’ampleur des mouvements migratoires, notamment vers l’Europe.
L’immigration ne constitue certes pas uniquement un phénomène économique ou commercial. Elle obéit à des facteurs multiples : politiques, sociaux, démographiques, sécuritaires, familiaux et individuels. Mais elle peut également être regardée comme l’un des indicateurs de la capacité d’un marché à offrir à sa population des perspectives économiques et sociales suffisamment attractives. Lorsqu’un marché ne permet pas à une partie de sa jeunesse de transformer son travail, son talent ou son esprit d’entreprise en une existence digne et en perspectives d’avenir, cette jeunesse peut être conduite à rechercher ailleurs les opportunités qu’elle ne trouve pas chez elle.
Un jeune ne quitte généralement pas sa famille, sa culture et son pays au péril de sa vie par simple goût de l’aventure. Dans bien des cas, son départ traduit la conviction que ce qu’il pourrait apporter, créer ou construire ne sera ni suffisamment reconnu, ni rémunéré, ni protégé dans son environnement immédiat.
Autrement dit, l’immigration peut aussi être comprise comme une migration vers des espaces perçus comme offrant davantage d’opportunités.
Cela ne signifie évidemment pas que les marchés d’accueil correspondent toujours aux attentes des migrants. Beaucoup découvrent, une fois arrivés, la précarité, l’exploitation, l’irrégularité ou des conditions de vie extrêmement difficiles. Mais la décision initiale repose souvent sur une comparaison entre deux perspectives d’avenir.
Ce phénomène mérite d’être observé à la lumière d’une réalité économique plus générale.
Lorsqu’un marché crée peu de valeur, les capitaux peuvent s’en détourner.
Lorsqu’un marché crée peu de valeur, les entreprises hésitent à y investir ou cherchent d’autres espaces. Lorsqu’un marché crée peu de valeur, les talents finissent par partir.
Pour les personnes hautement qualifiées, on parle souvent de « fuite des cerveaux ». Pour d’autres jeunes, moins qualifiés ou disposant de ressources limitées, la recherche d’opportunités peut prendre la forme de parcours migratoires particulièrement dangereux.
Dans les deux cas, une même logique peut être observée : la mobilité répond à la recherche d’opportunités et de perspectives.
C’est pourquoi la réflexion africaine sur le marché continental ne peut se limiter aux marchandises, aux capitaux, aux entreprises ou aux règles juridiques. Elle doit nécessairement intégrer sa dimension humaine.
Si la ZLECAf parvient réellement à construire un marché intégré, capable de favoriser les investissements, l’industrialisation, l’innovation et la circulation des biens, des services, des capitaux et des compétences, elle pourra contribuer à modifier les perspectives économiques offertes aux populations africaines.
L’objectif ne devrait évidemment pas être d’empêcher les jeunes de partir. La liberté de circulation, lorsqu’elle est exercée librement et dans des conditions sûres, est une richesse. L’enjeu est plutôt de faire en sorte que partir soit un choix et non une nécessité dictée par le désespoir. Rester parce que l’on peut construire chez soi une vie digne ; partir parce que l’on souhaite découvrir, entreprendre, étudier ou travailler ailleurs ; revenir, éventuellement, pour transmettre et investir : voilà ce que devrait permettre un véritable marché continental.
La ZLECAf ne peut, à elle seule, résoudre la question migratoire. Celle-ci dépend de facteurs nombreux et complexes. La création d’un marché continental ne saurait donc constituer une réponse suffisante. Elle peut néanmoins représenter l’un des fondements d’une réponse structurelle, en agissant sur la création de valeur et sur les perspectives offertes aux populations.
Un lien doit ainsi être établi entre le marché continental africain, la création de valeur et le défi humain que représente l’avenir de la jeunesse africaine.
Car la véritable richesse de l’Afrique, ce sont ses ressources humaines. Et, au premier rang de celles-ci, se trouve sa jeunesse.
Au-delà du droit, de l’économie et de la politique, le marché continental africain doit pouvoir être pensé comme un écosystème de création, de circulation, de protection et de transmission de la valeur entre les peuples africains.
Le droit n’est qu’une des dimensions de cet écosystème. L’économie en est une autre. La politique d’intégration en constitue le cadre de gouvernance.
Le bon fonctionnement de cet ensemble doit permettre au marché continental de créer de la valeur, tandis que le droit du marché continental aura pour fonction de sécuriser cette création et les échanges qui en découlent.
Les institutions continentales contribueront à garantir l’effectivité des règles. Les infrastructures permettront à la valeur créée de circuler. Les universités et les centres de recherche produiront les connaissances et les compétences nécessaires à l’innovation. Une monnaie continentale, si elle devait un jour voir le jour, pourrait constituer un autre instrument de cette intégration. Et bien d’autres composantes viendraient compléter cet écosystème.
L’enjeu est donc plus vaste que la seule construction d’une zone de libre-échange.
Un marché qui crée suffisamment de valeur est un marché capable de retenir ses talents, de stimuler l’investissement, de favoriser l’innovation et de soutenir un développement durable et une prospective partagée.
En Afrique, les décideurs et les dirigeants, qui ne sont que les dépositaires temporaires de la responsabilité publique, ont ainsi la possibilité de faire du marché continental un espace qui révèle et libère la valeur du continent ; un espace qui stimule la création, facilite les échanges entre les peuples africains et contribue à une répartition plus large et plus équitable des richesses produites. À terme, la Zone de libre-échange continentale africaine pourrait ainsi trouver sa portée la plus profonde dans la valorisation de la jeunesse africaine, au-delà du droit, de l’économie et de la politique. Car la valeur créée par le marché continental africain ne saurait être une fin en soi.
Elle doit être au service des enfants d’Afrique.
Par Michel Simel BASSE
Avocat, Docteur en droit
⚡ Résumé express
généré par IA, vérifié par la rédaction
– L’auteur lie la ZLECAf à l’immigration des jeunes Africains, qu’il présente comme un symptôme du déficit de création et de distribution de valeur sur le continent.
– Il soutient que la mise en œuvre de la ZLECAf pourrait révéler l’émergence d’une branche du droit : le droit du marché continental africain.
– Il définit un marché comme un espace de rencontre entre offre et demande, pas nécessairement un lieu géographique, et estime que l’immigration peut indiquer la capacité d’un marché à offrir des perspectives à sa population.
Auteur: Michel Simel BASSE
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