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Éducation

[Entretien] Aliou Diouf, SG du CUSEMS : « Le BFEM devrait logiquement précéder le BAC »

Le SoleilLe Soleilseptembre 11, 20267 min de lecture
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Le secrétaire général du Cadre unitaire des syndicats du moyen secondaire (CUSEMS), Aliou Diouf, plaide pour une réorganisation du calendrier des examens, avec la tenue du Brevet de fin d’études moyennes (BFEM) avant le baccalauréat. Invité de la rencontre « Nos Vacances pour l’École », organisée jeudi par la COSYDEP, il revient également sur la mise en œuvre du protocole d’accord signé avec l’État, la menace d’un préavis de grève et les performances enregistrées aux différents examens.

Vous avez plaidé, lors de la rencontre organisée jeudi par la COSYDEP, pour la tenue des épreuves du BFEM avant celles du baccalauréat. Pourquoi ?

Plusieurs raisons justifient cette proposition. D’abord, une question de cohérence dans le calendrier scolaire. Le BFEM devrait logiquement précéder le baccalauréat, conformément à la progression des cycles : élémentaire, moyen, puis secondaire. Le CFEE, le BFEM et le Bac devraient ainsi s’inscrire dans une chronologie pédagogique cohérente.

Ensuite, le BFEM se déroule actuellement au début de l’hivernage, parfois dans des conditions climatiques difficiles. Or, les candidats au BFEM sont plus jeunes et peuvent être davantage exposés aux contraintes liées aux déplacements et aux intempéries.

Il y a également un enjeu pédagogique. Il est difficile pour un adolescent de maintenir le même niveau de concentration et d’engagement sur une période allant du début du mois d’octobre à la fin du mois de juillet. Certains élèves très performants en début d’année peuvent connaître une baisse de régime au moment de l’examen final, tandis que d’autres progressent considérablement en cours d’année. Notre proposition vise donc à mieux articuler le calendrier scolaire avec les réalités pédagogiques, climatiques et organisationnelles.

Ce changement ne risque-t-il pas de perturber le processus d’orientation des nouveaux bacheliers, souvent confronté à des retards ?

Avec la digitalisation des procédures d’orientation, cette difficulté peut être largement surmontée. Aujourd’hui, les candidats sont enrôlés sur des plateformes numériques qui permettent de traiter leur orientation dans des délais plus courts, avec l’accompagnement des techniciens compétents.

Il faut adapter nos procédures aux possibilités offertes par les outils numériques plutôt que de maintenir un calendrier qui présente, selon nous, certaines incohérences. L’essentiel est d’assurer une bonne coordination entre les structures concernées afin que l’orientation des bacheliers se fasse rapidement et efficacement.

Vous aviez rencontré les autorités de tutelle en avril. Quels engagements du protocole d’accord tardent encore à être respectés ?

Le protocole d’accord du 16 avril constitue un engagement de l’État. Or, nous constatons aujourd’hui des retards dans la mise en œuvre de certains points. Deux questions nous préoccupent particulièrement. La première concerne l’étude sur le système de rémunération. Le protocole prévoyait le partage des conclusions de cette étude d’ici à la fin du mois de septembre. À ce jour, nous ne disposons pas d’informations précises sur le cabinet chargé de la mener ni sur son niveau d’exécution, alors que des échéances avaient été fixées.

Le second point concerne le paiement des indemnités liées aux examens. Les épreuves sont terminées depuis le 31 juillet et les enseignants ont accompli leur mission. Pourtant, ces indemnités n’ont toujours pas été versées.

Nous considérons que les enseignants ont fait leur part, en assurant les enseignements jusqu’au terme de l’année scolaire et en participant aux examens. Nous attendons maintenant que l’État respecte ses engagements et les échéances convenues. Un protocole d’accord n’a de sens que si les engagements qui y figurent sont effectivement traduits en actes. Nous appelons donc le gouvernement à respecter sa parole afin de préserver la confiance et la sérénité dans l’espace scolaire.

Aviez-vous, au moment de la signature, évalué la faisabilité des engagements contenus dans ce protocole ?

Oui. Le protocole a été négocié avec l’État sur la base d’engagements que nous considérions comme réalisables. Nous ne sommes pas dans une logique de revendications irréalistes. D’ailleurs, lors de la signature du protocole d’accord, le Premier ministre avait déclaré que tout ce qui était signé était réalisable et serait respecté. Nous avons donc toutes les raisons de considérer que les engagements pris doivent être mis en œuvre.

Ce protocole est le fruit d’un processus de négociation et de concertation. Nous avons accepté des engagements et l’État en a pris également. Il est donc normal que chaque partie respecte sa parole.

Notre démarche reste celle du dialogue et de la concertation. Mais le dialogue ne peut être crédible et durable que s’il débouche sur des actes concrets et sur le respect des engagements pris. Aujourd’hui, nous demandons simplement à l’État de respecter les échéances du protocole. À défaut, le CUSEMS prendra ses responsabilités et pourrait déposer un préavis de grève dès la rentrée.

Les grèves à répétition ne risquent-elles pas d’affecter le niveau des élèves ?

La question mérite d’être nuancée. Les grèves ont évidemment un impact sur le volume horaire, mais leur effet immédiat sur les résultats aux examens ne se mesure pas toujours de manière directe.

Cette année, malgré environ 150 heures de cours perdues, les résultats aux examens ont été globalement satisfaisants. Le CFEE a enregistré un taux de réussite de 94,46 %, le BFEM 83,05 % et le Bac 55,01 %. Cela montre que les enseignants, les élèves et les familles déploient d’importants efforts pour compenser les perturbations, notamment à travers différents mécanismes de rattrapage.

Mais le véritable problème se situe sur le long terme. La répétition des crises et la réduction du temps d’apprentissage peuvent progressivement affecter les acquis fondamentaux et, plus largement, la qualité du système éducatif. Notre objectif syndical n’est donc pas de perturber l’école. Nous voulons, au contraire, une école stable, apaisée et performante. C’est précisément pourquoi nous demandons à l’État de respecter ses engagements et de créer les conditions d’un climat scolaire durablement apaisé.

Des résultats satisfaisants aux examens signifient-ils pour autant que le système éducatif se porte bien, notamment lorsque les programmes sont réduits ?

Il faut distinguer les bons résultats aux examens de la bonne santé du système éducatif. Si l’on se fie uniquement aux taux de réussite, on peut avoir l’impression que tout va bien à l’école. Or, la réalité est beaucoup plus complexe.

Des programmes réduits, des pertes d’heures d’apprentissage et des mécanismes de rattrapage peuvent permettre d’obtenir des résultats satisfaisants à court terme, sans pour autant garantir la qualité et la solidité des apprentissages sur le long terme. La qualité d’un système éducatif ne se mesure pas uniquement à ses résultats aux examens. Elle dépend également de la maîtrise des apprentissages, du respect des programmes, du temps effectif d’enseignement, des conditions de travail et d’apprentissage, de la formation des enseignants et de l’efficacité des politiques éducatives.

Le fait que le ministère de l’Éducation nationale parle aujourd’hui de refondation du système éducatif est, à nos yeux, révélateur. Une refondation va au-delà de simples ajustements de programmes. Elle traduit la nécessité de revoir plusieurs composantes du système. Nous devons donc éviter de nous satisfaire uniquement de bons taux de réussite aux examens et nous attaquer aux causes profondes des difficultés de notre école.

Avec un taux de réussite de 55 % au Bac, les candidats n’ont-ils pas été les victimes du bras de fer entre l’État et les syndicats ?

Non, je ne partage pas cette lecture. Les élèves ne sont pas et ne seront jamais une « chair à canon » pour le CUSEMS. Ils sont, au contraire, au cœur de notre combat syndical.

Notre objectif est de défendre les enseignants tout en œuvrant pour une école publique de qualité. Il faut également regarder les chiffres avec objectivité et éviter de tirer des conclusions trop rapides. En 2026, le taux de réussite au Bac est de 55,01 %, contre 47,62 % en 2025 et 50,50 % en 2024. Or, 2024 et 2025 étaient des années de trêve, sans mouvement de grève comparable à celui enregistré en 2026. Pourtant, les taux de réussite étaient inférieurs.

Cela ne signifie pas que nous minimisons l’impact des perturbations scolaires. Une grève entraîne nécessairement des pertes d’heures d’enseignement et peut avoir des conséquences sur les apprentissages, notamment à long terme. C’est d’ailleurs pourquoi nous avons tous intérêt à privilégier le dialogue et la négociation.

Propos recueillis par Boubacar Diop

Lire l’article complet ici

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