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Affaire des 37 milliards F CFA : « AEE Power est animé de mauvaise foi », dit Tidiane Sall, représentant de la RV en France
La bataille judiciaire autour des 37 milliards F CFA décaissés au profit d’AEE Power se poursuit sur deux fronts, au Sénégal et en Espagne. Toutes les deux procédures sont au point mort. C’est ce qu’a détaillé Tidiane Sall, responsable du parti la République des valeurs (RV) en France, lors d’un entretien accordé à Macoumba Bèye sur la RFM.
Monsieur Sall est à l’origine de la plainte déposée par son parti en Espagne contre AEE Power, la société dirigée par José Ángel González Tausz, président et directeur exécutif de l’entreprise espagnole.
Une procédure espagnole freinée par le silence d’AEE Power
Déposée le 19 janvier 2026, la plainte a rapidement produit ses premiers effets. Dès le 24 février, le tribunal espagnol a adressé des réquisitions à la banque espagnole ainsi qu’à l’agence de crédit export garantissant le prêt. « La banque a répondu dans les délais, en 72 jours. En revanche, AEE Power, première concernée, n’a pas répondu à la première réquisition. Il a fallu une seconde réquisition pour qu’elle daigne réagir, cinq mois après le dépôt de la plainte. Son argument : elle affirme ne pas avoir reçu la première », explique-t-il.
Dans sa réponse tardive, AEE Power ne s’est pas prononcé sur le fond du dossier. Elle a demandé au juge espagnol de classer purement et simplement la procédure, au motif que le plaignant n’aurait pas qualité pour agir, faute d’intérêt personnel direct, selon Tidiane Sall.
Dix chefs d’accusation au Sénégal
À Dakar, la plainte a été déposée le 16 octobre 2025. Le développement le plus récent est un communiqué du parquet financier annonçant l’ajout de sept nouveaux chefs d’accusation aux trois initiaux, portant le total à dix. Parmi les nouvelles qualifications retenues figurent le trafic d’influence, la corruption, le blanchiment et la prise illégale d’intérêts.
Ces infractions, souligne Tidiane Sall, impliquent généralement des agents publics ou des personnes situées dans la chaîne de décision.
C’est dans ce contexte qu’AEE Power a fait savoir qu’elle ne répondrait plus aux convocations de la justice sénégalaise, arguant de l’existence d’une instruction parallèle en Espagne.
« C’est là que les choses deviennent intéressantes et cela ressemble à de la mauvaise foi. AEE Power affirme qu’elle ne répondra plus aux juridictions sénégalaises parce qu’une instruction est ouverte en Espagne et qu’elle préfère répondre là-bas. Mais dans sa réponse tardive à la justice espagnole, elle demande au juge de classer le dossier, au motif que je n’aurais pas qualité pour agir, faute d’intérêt personnel. En clair : elle ne veut ni que la justice sénégalaise l’interroge ni que la justice espagnole instruise réellement le dossier sur le fond », dénonce Tidiane Sall.
Une alerte ignorée avant le décaissement
Malgré l’instruction des autorités, les fonds ont été décaissés. « Les 37 milliards ont bel et bien été décaissés avant même l’exécution des travaux et AEE Power le savait avant tout le monde. Le 13 mai 2024, Baba Diallo, alors directeur général de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER), avait écrit au ministère des Finances pour demander la suspension du paiement. Malgré cette alerte, l’argent a été versé le 11 juin 2024, soit 28 jours plus tard », révèle Tidiane Sall, avant d’ajouter : « On aimerait bien savoir qui a donné l’ordre de payer malgré l’avertissement de Baba Diallo », a lancé le représentant de la RV en France.
Vers une coopération judiciaire internationale ?
Interrogé sur les leviers dont dispose la justice sénégalaise pour contraindre AEE Power à répondre de ses actes, alors qu’il s’agit d’un marché public exécuté au Sénégal avec des fonds publics, Tidiane Sall répond : « Il existe une convention judiciaire entre le Sénégal et l’Espagne, comme entre le Sénégal et la France. L’entraide judiciaire est tout à fait possible. Sur les faits de corruption, il existe même une convention des Nations Unies ratifiée par les deux pays. Rien n’empêche les deux juridictions de travailler ensemble sur ce dossier. Mais c’est au gouvernement sénégalais, qui devra in fine
rembourser au nom du peuple, d’activer ces mécanismes s’il le souhaite. Ce qui est certain, c’est que malgré la diversion et la campagne médiatique qui entoure ce dossier, il n’en restera pas là. On saura qui a encaissé ces 37 milliards et quelles sont les responsabilités à chaque maillon de la chaîne de décision », affirme-t-il, se disant confiant dans l’avancée de la procédure espagnole, désormais sortie de la période des vacances judiciaires.
Quant à un éventuel mandat d’arrêt international que pourrait délivrer le parquet financier sénégalais contre des responsables d’AEE Power, Tidiane Sall reste prudent : « Le parquet financier dispose de ses propres instruments juridiques. Il sait ce qu’il doit faire. Nous attendons de voir comment il compte agir. »
Abdoulahi Ndour
⚡ Résumé express
généré par IA, vérifié par la rédaction
– La plainte déposée en Espagne le 19 janvier 2026 contre AEE Power est freinée par le silence de l’entreprise : la banque a répondu aux réquisitions en 72 jours, mais AEE Power n’a répondu qu’après cinq mois en prétendant ne pas avoir reçu la première convocation.
– Au Sénégal, la plainte déposée le 16 octobre 2025 compte désormais dix chefs d’accusation incluant le trafic d’influence, la corruption, le blanchiment et la prise illégale d’intérêts, et AEE Power refuse de répondre aux convocations de la justice sénégalaise.
– Les 37 milliards F CFA ont été décaissés le 11 juin 2024 malgré l’alerte du directeur général de l’ASER (Baba Diallo) du 13 mai 2024 demandant la suspension du paiement et avant même l’exécution des travaux.
Auteur: Abdoulahi NDOUR
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