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Monde

La jeunesse africaine face au double défi de l’emploi et de l’éducation (Par Pr Amadou Aly Mbaye)

SenewebSenewebjuillet 19, 20268 min de lecture
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La jeunesse africaine face au double défi de l’emploi et de l’éducation (Par Pr Amadou Aly Mbaye)

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La jeunesse africaine face au double défi de l’emploi et de l’éducation (Par Pr Amadou Aly Mbaye)

Contrairement aux autres régions du monde où le vieillissement de la population devient un vrai sujet de préoccupation, le continent africain se distingue par la jeunesse de sa population. La part des jeunes (moins de 25 ans) dans la population totale y est de 70% (UNFPA) contre seulement 25% en Europe, 55% en Asie, et 30% en Amérique du Nord. Selon de nombreuses évaluations, cette configuration particulière de la démographie, en Afrique, devrait constituer le socle sur lequel se développeraient des activités intensives en main-d’œuvre, dans le secteur manufacturier comme dans celui des services. La réalité est, paradoxalement, toute autre: les jeunes constituent les principaux exclus d’un marché de l’emploi déjà mal en point, tout en étant exposés à un système éducatif qui les met en échec. Relever les défis auxquels les jeunes Africains font face demandera des politiques coordonnées pour l’éducation et pour l’emploi.

Le NEET : un marqueur du malaise social « jeune »

Si les indicateurs les plus usuels du marché du travail (chômage, vulnérabilité, sous-emploi, etc.) révèlent tous une exposition, à nulle autre pareille, de la jeunesse africaine aux difficultés de la vie, la crise de l’apprentissage à laquelle elle est aussi exposée ne fait que renforcer sa vulnérabilité. Le NEET (Neither in Education, Employment or Training) est un indicateur qui, comme son nom l’indique, regroupe tous les jeunes (15-24 ans) qui n’ont pas d’emploi et qui ne sont pas en éducation/formation.

L’indicateur « chômage » a l’inconvénient de compter parmi les employés, tous les jeunes qui déclarent avoir eu une occupation, et ne s’interroge pas sur la qualité de ces emplois, pas davantage sur le niveau de pauvreté des détenteurs de ces emplois. D’autre part, il ignore complètement les populations qui, découragées, ne sont plus à la recherche d’emploi, et qui sont ainsi exclues du marché du travail. En Afrique, si le taux de chômage se situe autour de 6%, le taux de NEET est presque 4 fois plus important, en 2026.

Parallèlement, les indicateurs liés à la scolarisation des jeunes (par exemple les taux bruts de scolarisation) ne comptent que ceux qui sont dans le système et ne prennent nullement en compte le statut (employé ou non) de ceux qui sont éjectés du système éducatif. Ainsi les jeunes en situation d’abandon scolaire et qui se retrouvent sans emploi, se retrouvent doublement exclus.

Sur les chiffres moyens sur le NEET en Afrique, on note d’importantes disparités de genre, entre pays, et entre régions d’un même pays. Par exemple, au Sénégal en 2024, on note un écart de presque 10 points entre les femmes et les hommes, avec un taux de NEET de 44% pour les femmes, contre une moyenne nationale de 34.4%. De même, on note un écart de la même magnitude entre les zones rurales (39.9%) et urbaines (29.9%). Ces différences reflètent également les inégalités en termes d’opportunités économiques existant entre les jeunes appartenant à ces différentes catégories sociales.

Sans surprise, les situations d’instabilité politique et de guerre civile aggravent aussi la vulnérabilité des jeunes. Selon les données de l’OIT, dans les pays en conflit, comme la RDC et le Soudan, le taux de NEET y avoisine les 100%, contre environ 30% dans la plupart de ces pays, dans la période d’avant.

Les conflits conduisent, en outre, à des déplacements de jeunes populations avec des impacts négatifs sur leur scolarisation et leur accès à l’emploi. Enfin, les jeunes sont les cibles privilégiées des campagnes de recrutement des factions en conflits, dont elles font leur chair à canon. Dans les émeutes et autres manifestations d’instabilité politique, ils sont également au-devant de la scène et constituent les principales victimes. Les émeutes ayant eu lieu au Kenya, au Sénégal et à Madagascar, ces dernières années, ont exposé les jeunes, plus que les autres catégories sociales.

En conséquence de la situation de vulnérabilité qu’ils vivent, beaucoup de jeunes manifestent des symptômes d’anxiété assez inquiétants. Selon les enquêtes de World Value Survey, 83.3% des jeunes Africains manifestent une grande inquiétude, concernant leur maintien en emploi, contre une moyenne mondiale de 64.3%. De même, selon l’OIT, plus de 80% des jeunes Africains, considèrent qu’il n’y pas suffisamment d’opportunités économiques dans leurs pays respectifs, contre une moyenne mondiale de 53.4%

Défaillance des systèmes éducatif et productif

L’exclusion des jeunes du marché du travail résulte, à la fois, de l’étroitesse de la base productive, et des faiblesses du système éducatif dans lequel ils ont été enrôlés. Si des progrès tangibles ont été réalisés dans le domaine de l’accès à l’éducation, la gestion de la qualité reste le talon d’Achille de nos systèmes éducatifs. Le taux brut de scolarisation a fait un bon remarquable pour atteindre une moyenne de 80% dans l’élémentaire et de presque 70% dans le moyen-secondaire, en Afrique. Mais la faible qualité des apprentissages est telle qu’à l’âge de 10 ans, 86% des jeunes scolarisés ne savent toujours pas lire et comprendre un texte dans la langue d’enseignement, contre 60% en Asie et 50% en Amérique latine (Banque mondiale). Mais la faiblesse la plus criarde des systèmes d’enseignement africains, et qui affecte directement le NEET, est le niveau élevé des abandons scolaires. Par exemple, au Sénégal, le taux d’abandon dans le secondaire est de 8.8%. Dans le même temps, près de 50% des enfants sont en situation d’échec ou de décrochage entre le moyen et le secondaire général. Dans beaucoup de pays africains, la situation est bien pire. Ainsi chaque année, des centaines de milliers de jeunes sont éjectés des systèmes éducatifs, sans que le marché du travail ne parvienne à les absorber.

L’importance du nombre de jeunes rejetés par le système scolaire et qui ne trouvent pas un emploi s’explique principalement par l’étroitesse de la base productive des économies africaines, contrastant avec une forte dynamique démographique. Alors que la dette africaine a atteint ces dernières années des proportions du PIB frisant la détresse financière, les investissements qu’elle est supposée financer font l’objet de très peu d’études sérieuses ni de processus de sélection rigoureux. D’où leur impact marginal sur la croissance, sur l’emploi ou la pauvreté. Des investissements publics mieux ciblés auraient pu significativement baisser les coûts des facteurs de production (énergie, transport, irrigation, télécommunications, etc.) qui continuent d’obérer la compétitivité des entreprises privées et de décourager l’investissement privé. L’autre pilier des politiques publiques qui pourrait permettre de lever les goulots d’étranglement sur la base productive, et par ricochet sur l’emploi des jeunes, est les défaillances institutionnelles qui inhibent les talents, et découragent la prise de risque. Un système fiscal tatillon et envahissant, des procédures douanières relativement lourdes, l’importance des cartels dans la délivrance de services indispensables pour les affaires, jouent un rôle non négligeable.

Les petites et nano-entreprises constituent l’ossature de l’écosystème entrepreneuriale en Afrique. Du fait de leur exclusion du marché des capitaux, elles évoluent souvent dans les secteurs très intensifs en facteur travail. Les appuyer à se moderniser et à augmenter leur productivité, reviendrait à significativement réaliser le potentiel de croissance des pays et à consolider les emplois existants. Un modèle de financement adéquat, combiné avec des programmes de formation bien conçus, ciblant tant les compétences académiques et professionnelles que celles comportementales et interpersonnelles, tant les compétences opérationnelles que managériales, pourrait significativement contribuer à leur développement.

Quelles synergies pour les politiques éducatives et d’emploi ?

Pour résoudre le problème du NEET, les gouvernements africains ont essentiellement deux leviers : les politiques éducatives et les politiques d’emplois. Toute politique conduisant à garder plus longtemps les jeunes dans le système scolaire conduirait directement, et par définition, à une baisse du taux de NEET.

Mais la portée pratique de telles politiques devrait également être revisitée. En effet, les systèmes éducatifs africains qui brillent par leur relative faible qualité, se caractérisent aussi par un faible niveau d’employabilité des jeunes. À notre avis, la mise en place de systèmes d’apprentissage moins coûteux, et davantage orientés vers la pratique et les métiers, permettraient de générer plus d’impact pour l’avenir professionnel des jeunes précocement sortis des systèmes scolaires. Les résultats des analyses expérimentales concernant l’impact de ce type de formation sur l’emploi sont très encourageants. Par exemple, dans une étude expérimentale menée sur un échantillon d’environ 2000 jeunes défavorisés de l’Ouganda, Livia Alphonsi et son équipe ont montré qu’un programme de formation professionnelle bien ciblé sur les besoins d’employeurs préalablement identifiés, augmentait significativement, de l’ordre de 30% par rapport au groupe témoin, leur probabilité d’avoir un emploi de qualité et à le garder dans la durée.

Le deuxième levier concerne les politiques visant l’emploi pour la majorité des jeunes. Au-delà de la formation, l’accès au financement devrait y occuper une place de choix. L’accès aux marchés, par l’intégration aux chaines de valeur nationales et internationales constitue un autre défi à relever pour les petites entreprises, généralement informelles.

Pr Amadou Aly Mbaye,

Économiste, ancien Recteur UCAD

⚡ Résumé express
généré par IA, vérifié par la rédaction

– 70% de la population africaine a moins de 25 ans, mais les jeunes sont les principaux exclus du marché de l’emploi et du système éducatif.
– L’indicateur NEET (jeunes sans emploi, éducation ni formation) est près de quatre fois plus élevé que le taux de chômage en Afrique, avec de fortes disparités de genre et entre zones rurales et urbaines.
– 86% des jeunes scolarisés en Afrique ne savent pas lire un texte à 10 ans, et les abandons scolaires massifs aggravent l’exclusion des jeunes du marché du travail.

Auteur: Pr Amadou Aly Mbaye
Publié le: Jeudi 16 Juillet 2026 à 16h42


Mis à jour le: Vendredi 17 Juillet 2026 à 16h31

Lire l’article complet ici

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