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La BOAD, l’institution qui finance une partie de l’intégration économique ouest-africaine
Lorsqu’il est question d’intégration régionale en Afrique de l’Ouest, l’attention se porte souvent sur la BCEAO, qui gère la monnaie commune, ou sur la Commission de l’UEMOA, qui élabore les règles économiques applicables dans les huit États membres. Pourtant, l’existence d’une monnaie commune et de réglementations harmonisées ne suffit pas à transformer une région. Encore faut-il financer les routes, les réseaux électriques, les infrastructures logistiques, les projets agricoles ou les investissements privés capables de relier concrètement les économies entre elles. C’est précisément la mission confiée à la Banque ouest-africaine de développement, plus connue sous le sigle BOAD.
Créée en novembre 1973, la BOAD est l’institution financière de développement de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Installée à Lomé, au Togo, elle a été pensée comme un outil destiné à accompagner la modernisation économique de la région en apportant des financements de long terme à des projets considérés comme stratégiques pour les États membres.
Cette fonction répond à une réalité bien connue des économies en développement. Construire une autoroute, une centrale électrique, un port ou un réseau d’adduction d’eau nécessite des investissements importants dont la rentabilité s’étale souvent sur plusieurs décennies. Or les banques commerciales financent généralement des opérations à plus court terme. Une institution spécialisée comme la BOAD permet donc de combler une partie de cet écart en mobilisant des ressources adaptées aux besoins de financement de long terme.
Au fil des années, la banque est devenue l’un des principaux bailleurs régionaux de l’espace UEMOA. Selon ses données institutionnelles, les approbations cumulées de financement dépassaient 9 300 milliards FCFA à fin 2024. Ce montant donne une idée de l’ampleur de son intervention dans des secteurs aussi variés que l’énergie, les transports, l’agriculture, l’habitat, les télécommunications ou encore le soutien aux entreprises.
Le secteur énergétique illustre particulièrement bien son rôle. Dans une région où l’accès à l’électricité demeure un défi pour une partie de la population et où les besoins augmentent sous l’effet de la croissance démographique et de l’urbanisation, la BOAD participe au financement de centrales électriques, de réseaux de transport d’énergie et de projets d’énergies renouvelables. Ces investissements ont une portée qui dépasse souvent les frontières nationales, car les interconnexions énergétiques régionales permettent de renforcer la sécurité d’approvisionnement de plusieurs pays à la fois.
Les infrastructures de transport constituent un autre domaine d’intervention majeur. Une intégration économique efficace suppose que les marchandises, les personnes et les capitaux puissent circuler dans des conditions satisfaisantes. Le coût du transport demeure pourtant l’un des principaux freins à la compétitivité régionale. Plusieurs études de la Banque mondiale montrent que les coûts logistiques en Afrique de l’Ouest restent supérieurs à ceux observés dans de nombreuses autres régions du monde. Les investissements réalisés dans les corridors routiers, les infrastructures portuaires ou les équipements logistiques visent précisément à réduire ces contraintes.
L’agriculture occupe également une place importante dans les financements de la banque. Ce choix reflète le poids du secteur dans les économies de l’Union, où l’agriculture représente encore une part significative de l’emploi et des revenus. Les interventions concernent aussi bien l’irrigation que la transformation agroalimentaire, le stockage ou l’amélioration des chaînes de valeur agricoles.
Au-delà des projets publics, la BOAD s’intéresse de plus en plus au secteur privé. Cette évolution traduit un constat partagé par de nombreuses institutions de développement. Les besoins de financement de la région sont tels que les budgets publics ne peuvent pas, à eux seuls, porter l’ensemble des investissements nécessaires. Le soutien aux entreprises, aux établissements financiers ou aux partenariats public-privé est donc devenu un axe important de son activité.
Cette montée en puissance du secteur privé apparaît dans la stratégie Djoliba 2021-2025 de la banque, qui visait notamment à accroître les financements destinés aux entreprises tout en renforçant les investissements liés à la transition énergétique et à la résilience climatique. À travers cette orientation, la BOAD cherche à accompagner non seulement la croissance économique, mais aussi la transformation structurelle des économies de l’Union.
Pour financer ses interventions, la banque ne dépend pas uniquement des contributions des États membres. Elle mobilise également des ressources sur les marchés financiers régionaux et internationaux. La qualité de sa signature lui permet d’émettre régulièrement des obligations et d’attirer des partenaires financiers internationaux. En 2024, son total de bilan dépassait 3 500 milliards FCFA, ce qui en fait l’une des principales institutions financières de développement du continent.
Cette capacité de mobilisation est essentielle, car les besoins restent considérables. La Banque africaine de développement estime que le déficit annuel de financement des infrastructures en Afrique se situe entre 68 et 108 milliards de dollars. À l’échelle de l’UEMOA, les besoins liés à l’énergie, aux transports, à l’eau, à l’assainissement ou encore au numérique continuent de représenter plusieurs milliers de milliards de FCFA.
La contribution de la BOAD ne se limite donc pas à l’octroi de prêts. En finançant des projets qui facilitent les échanges, améliorent la productivité ou renforcent la connectivité régionale, elle participe directement à l’objectif qui a présidé à la création de l’UEMOA : construire progressivement un espace économique plus intégré et plus compétitif.
L’existence d’une banque de développement régionale constitue d’ailleurs l’un des éléments qui distinguent l’intégration ouest-africaine de nombreux autres ensembles régionaux du continent. Une monnaie commune peut faciliter les échanges et une réglementation harmonisée peut simplifier les affaires, mais sans investissements capables de relier physiquement les économies entre elles, l’intégration reste largement théorique. C’est précisément dans cette articulation entre finance, infrastructures et développement que la BOAD occupe aujourd’hui une place centrale dans l’architecture économique ouest-africaine.
Auteur: Aicha Fall
Publié le: Lundi 15 Juin 2026
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